Belgique en guerre / Articles

Office des Travaux de l’Armée démobilisée (O.T.A.D.)

Auteur : Colignon Alain (Institution : CegeSoma)

Des prisonniers de guerre flamands libérés, des Wallons et des francophones maintenus en captivité

Au printemps 1941, alors que 130.000 prisonniers de guerre flamands ont pu rentrer chez eux en vertu de la « Flamenpolitik» impulsée par Hitler et la Militärverwaltung, quelque 80.000 soldats wallons et francophones restent détenus derrière les barbelés des Stalags et des Oflags.

Les élites traditionnelles de l’Etat, à commencer par le roi Léopold III, ne tardent pas à prendre conscience que le sort malheureux réservé aux « meilleurs des enfants » d’une des deux communautés nationales risque de gâter le climat politique de l’après-guerre. Il est impératif de garder le contact avec eux tout en assurant le maintien d’un esprit de corps, garantie future pour la mise sur pied d’une future armée belge.

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Institution : CegeSoima
Collection : Delmelle
Droits d'auteur : CegeSoma
Légende d'origine : Prisonniers du stalag 13 C

Liquider le passé ou préparer l’avenir ?

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Institution : CegeSoma
Droits d'auteur : CegeSoma
Légende d'origine : Le général Keyaerts, chef de l'OTAD.

L’ « Office des Travaux de l’Armée démobilisée », créé officiellement en vertu d’un arrêté du 31 août 1940 « pour veiller aux intérêts des officiers de l’active ou démobilisés » , est chargé d’assumer cette mission de manière discrète compte tenu de l’occupation. L’Office est placé sous la tutelle du secrétaire général des Finances. Ses structures, par contre, sont ventilées en trois grandes subdivisions (Service du Personnel / Service financier / Service technique), qui épousent celles du ministère de la Défense nationale. Mais du fait de l’Occupation,  l’OTAD peut à la fois être perçu comme un instrument destiné à liquider le fait du passé ( son Service technique s’emploie à liquider tous les problèmes des réquisitions opérées en 1939-1940) que comme une œuvre destinée à préparer le terrain dans une Belgique redevenue indépendante. Agissant au nom du Roi, le général Van Overstraeten place à sa tête le général Keyaerts, soustrait du camp de Tibor (9 septembre 1940) ; le colonel Georges Goethals, ex-attaché militaire à Berlin, lui sert d’indispensable second. Les deux hommes recrutent leurs collaborateurs en négociant avec la Militärverwaltung le rapatriement d’officiers supérieurs internés à Rottenburg à partir d’octobre 1940.

Une action apolitique et humanitaire

Faute d’une reconstitution à court terme –et pour cause !- d’une armée belge, l’ « O.T.A.D. » s’oriente vers un prudent attentisme. Il mène des actions caritatives aux relents monarchistes accentués, histoire que les prisonniers de guerre n’oublient pas que le sort du souverain est un peu (fort peu…) le leur. En décembre 1941, l’entrée en guerre des Etats-Unis les empêchent désormais d’être les garants de « nos prisonniers », l’OTAD obtient de la Militärverwaltung  la mise sur pied d’une « Délégation du Service de Liaison des Prisonniers de Guerre belges », connue comme la « Commission ‘t Serclaes », du nom de son principal représentant, le comte Jacques ‘t Serclaes de Wommersom (20 mai 1942). La Commission se veut apolitique et humanitaire. A partir de l’été 1942, elle entame la tournée des camps, accueillie souvent avec méfiance par les prisonniers qui y voient une structure de l’occupant. 

En route vers la dissolution….

Avec le temps, la Militärverwaltung , qui a d’autres chats à fouetter, estime que l’OTAD ne lui sert pas à grand-chose et –pire- qu’il entretient dans son sein des éléments politiquement douteux qui l’utilise comme couverture pour dissimuler des activités de résistance. Le 7 janvier 1944, Keyaerts et Goethals sont remerciés. Le colonel Tricot reprend la direction de l’OTAD quelques jours plus tard, sans parvenir à lui donner un second souffle malgré ses velléités « accommodantes » envers  l’Ordre nouveau. Le 14 avril 1944, l’OTAD est dissoute. Des tentatives pour la faire renaître sous la forme d’un vague « Service de Liquidation des Dépenses militaires » échouent. L’OTAD, cette expression achevée d’un pétainisme à la belge disparaît !

Bibliographie

Général H. VANVRECKOM, Suspense à l’O.T.A.D., dans Se battre pour la Belgique, Bruxelles, Editions Collet, s.d.

Colette DUPONT, Les mouvements léopoldistes 1945-1950. Organisation et action (T.I), Liège, Université de Liège, 1983-1984 (Mémoire de licence).

Recueil de Documents établi par le Secrétariat du Roi concernant la période 1936-1949, (Bruxelles), (1950).