Belgique en guerre / Personnalités

Georges Truffaut

Auteur : Kesteloot Chantal (Institution : CegeSoma)

Militant socialiste, wallon et antifasciste

Né dans une famille socialiste liégeoise – son père était l’un des fondateurs de la section locale du POB –, Georges Truffaut devient journaliste à La Wallonie en 1924, un an après son diplôme de l’École supérieure de marine marchande d’Anvers. Élu conseiller communal lors du scrutin de 1932, il devient échevin des Travaux publics en juin 1935. Quelques mois plus tôt, il est également devenu parlementaire. Il se fait surtout connaître par son engagement en faveur de la ville de Liège. Quelques chantiers portent sa marque : le nouveau bâtiment moderniste du Lycée Léonie de Waha avec des fresques, des mosaïques et un…. abri souterrain pour 1.000 personnes, les Bains de la Sauvenière – qui abrite aujourd’hui la Cité Miroir – ou encore le nouveau pont du Longdoz, détruit en 1976. Mais son nom reste aussi associé à l’organisation de l’Exposition internationale de l’Eau en 1939.

Il se fait également connaître pour son engagement wallon. Il figure parmi les fondateurs de la Ligue d’Action wallonne. Hostile au retour à la politique de neutralité (« la politique de neutres, ou de pleutres ») qu’il dénonce comme un affaiblissement de la Belgique par rapport à l’Allemagne, il rédige avec Fernand Dehousse, alors chargé de cours à l’Université de Liège, une brochure intitulée L’État fédéral en Belgique, qui propose notamment la suppression des provinces et la création de trois régions. Cette contribution est à l’origine de la première proposition de loi en la matière déposée par trois députés socialistes (Georges Truffaut, François Van Belle et Joseph Martel) le 1er juin 1938. Le texte ne passe même pas le stade de la prise en considération.

Antifasciste convaincu, Truffaut s’engage également dans des actions de solidarité avec l’Espagne républicaine et dans la lutte contre Rex.

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Institution : Institut Jules Destrée
Droits d'auteur : DR
Légende d'origine : Georges Truffaut

Mobilisation et poursuite de la lutte

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Institution : CegeSoma
Collection : Truffaut
Légende d'origine : Hereford : Georges Truffaut, le commandant de la 3ème compagnie dans son bureau, sur table une grenade Mills

En 1939, Truffaut réintègre volontairement l’armée et est promu capitaine en mars 1940. Il refuse la capitulation du 28 mai 1940 et rejoint l’Angleterre où il plaide en faveur d’une reconstitution de l’armée belge auprès des autorités britanniques. Dans le courant de l’été, il s’illustre en Afrique occidentale dans la délicate mission de récupération d’une partie de l’or belge évacué par la Banque de France lors de l’invasion allemande. On le retrouve quelques mois plus tard au camp de Tenby, dans le Pays de Galles, où est basée l’Unité combattante belge. Il est le seul parlementaire à faire ce choix. Il se voit confier le commandement de la 3e compagnie du 1er Bataillon de Fusiliers sous les ordres du major Cumont. L’état d’esprit qui règne alors parmi les militaires belges est très négatif. Ils souffrent de leur inactivité, se sentent peu reconnus par leur propre gouvernement et sont par ailleurs profondément divisés entre ceux qui restent fidèles au roi et ceux qui s’affirment démocrates. Truffaut appartient bien entendu à ce courant et, du fait de ses liens avec les parlementaires présents en Grande-Bretagne, est l’objet de nombreuses critiques et brimades. Georges Truffaut est tué accidentellement par une grenade lors d’un entraînement.

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Institution : CegeSoma
Collection : Inbel
Légende d'origine : Funérailles de Grorges Truffaut, 8/4/1942

Un hommage immédiat

La nouvelle du décès de Truffaut est annoncée jusque dans la presse de collaboration. Dans son numéro de mai 1942, le journal socialiste clandestin liégeois Le Monde du Travail rend un vibrant hommage à l’homme, au militant socialiste, au bâtisseur, au défenseur de la Wallonie. Immédiatement, le fonds de solidarité du journal est rebaptisé en hommage à celui qui était considéré par beaucoup comme le futur bourgmestre de Liège. Un mois plus tard, un autre parlementaire liégeois, René Delbrouck (1903-1942), arrêté un an auparavant dans le cadre de l’opération Sonnenwende, décède à Neuengamme. Le fonds de solidarité porte désormais leur double patronyme. 

Un vide à Liège

Delbrouck et Truffaut représentaient tous deux l’avenir de la fédération liégeoise du Parti socialiste. Leur mort prématurée pèse lourd à l’heure de la Libération même si Fernand Dehousse a, sur ces entrefaites, rejoint le PSB. En octobre 1947, les dépouilles des deux hommes sont enfin ramenées dans la Cité ardente. Des milliers de Liégeois leur rendront un dernier et vibrant hommage.

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Institution : CegeSoma
Légende d'origine : Retour du corps de Truffaut, oct 1947

Bibliographie

Paul Delforge, Cent Wallons du siècle, Charleroi, Institut Jules Destrée, 1995. http://www.wallonie-en-ligne.n...

Philippe Raxhon, "Georges Truffaut" in Nouvelle Biographie nationale, vol 5, Académie royale de Belgique, 1999, pp. 334-337. https://www.academieroyale.be/...

Luis Angel Bernardo y Garcia, "Tenby ou la genèse des forces de terre belges en Grande-Bretagne" in Jours de guerre/Jours de Londres, Bruxelles, Crédit communal de Belgique, pp. 79-108.

Voir aussi

soma_bg346_1941_01_029-00001.jpg Articles Monde du Travail (Le) Colignon Alain