Belgique en guerre / Personnalités

Victor de Laveleye

Thème - Résistance

Auteur : Ponteville Isabelle (Institution : Cegesoma)

Le mardi 14 janvier 1941, le signe ‘V’ de la victoire est lancé sur les antennes de la BBC ‘Ici Radio Belgique’ à Londres par Victor de Laveleye (1894-1945).

Un homme aux nombreuses prédispositions

Né à Bruxelles, d’un père propriétaire-éditeur du ‘Moniteur des intérêts matériels’ et d’une mère, fille de Consul, Victor de Laveleye est rapidement initié par sa mère polyglotte à l’allemand, au français, à l’anglais et au néerlandais, ce qui par la suite l’aiguillera plus que probablement dans ses choix professionnels.

Quand la Première Guerre mondiale éclate, Victor a 20 ans. Il suspend ses études de Droit initiées à l’ULB et s’engage comme volontaire dans l’infanterie au 9e de Ligne. Affaibli par la fièvre typhoïde, il rejoint la section des projecteurs avant de terminer dans une école d’aviation en France où il obtient son brevet de pilote. Il termine ses études en 1919.

Elève brillant, sportif aguerri (il participe aux jeux olympiques), auteur de nombreux articles de presse, il démarre sa carrière au Barreau aux côtés de Paul Hymans.

En 1926, il devient conseiller communal à Saint-Gilles puis quelques années plus tard, en 1936, il est nommé à la présidence du Parti libéral. Durant toute cette période, il milite à la tribune et dans la presse et s’illustre par ses talents d’orateur : courageux, franc, optimiste et simple. Avec l’arrivée du rexisme et le trouble causé par sa propagande, il multiplie les meetings et se bat pour la démocratie. L’année suivante, en 1937, il devient, pour quelques mois, ministre de la Justice dans le gouvernement Van Zeeland.

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Institution : Cegesoma
Légende d'origine : Victor de Laveleye, s.d.

Ici Radio-Belgique à Londres ou la guerre des ondes

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Institution : Cegesoma
Légende d'origine : Victor de Laveleye et Jan Moedwil, Londres, s.d.
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Institution : Cegesoma
Collection : Archives Jef Rens
Légende d'origine : Lettre de de Laveleye à Jef Rens, 13 septembre 1941.

Après avoir d’abord suivi le gouvernement belge en France, Victor de Laveleye gagne l’Angleterre. Il arrive à Londres le 24 juin 1940. Dans un premier temps, il va œuvrer comme bénévole pour ce qui deviendra ‘l’Office parlementaire belge’ et est reconnu officiellement par le gouvernement britannique. A ses côtés, on retrouve entre autres Marcel-Henri Jaspar (Ministre de la Santé publique), Camille Huysmans (Député et ancien Président de la Chambre des Représentants) et d’autres députés tels Isabelle Blume, Max Buset, Georges Truffaut, … Ensemble, ils vont tenter d’apporter leur aide (aux côtés de l’ambassade de Belgique) aux quelque 15.000 réfugiés belges se trouvant alors en Grande-Bretagne, désireux de trouver du travail, de se loger ou tout simplement d’entrer en contact avec les membres de leurs familles restés en Belgique.







Le 28 septembre 1940, la BBC met à disposition du gouvernement belge en exil ses installations pour que le contact entre la Belgique et les Belges ‘du dehors’ soit maintenu. Ici Radio-Belgique est née et Victor de Laveleye, par l’entremise de Cecil de Sausmarez, s’en voit confier la direction à Londres. Durant quatre années, parfois au péril de sa vie (les bâtiment qui abritaient Ici Radio-Belgique et la BBC ont souvent été la cible de bombardements allemand), il va assurer quasi quotidiennement la diffusion d’une émission d’un quart d’heure à 20h15, relatant et commentant les dernières nouvelles de la guerre à l’attention des Belges. On retrouve parmi le sujets traités aussi bien des nouvelles du théâtre des hostilités au sein des divers pays impactés que des nouvelles plus locales au niveau de la Belgique. Ces émissions sont restées célèbres à plus d’un titre car elles apportaient d’une part réconfort et espoir à une population occupée par les Allemands et d’autre part elles se voulaient d’une grande impartialité. Aux côtés de Victor de Laveleye, on retrouve Jan Moedwil (Fernand Geersens) speaker néerlandophone qui va traduire et interpréter les textes de Laveleye. Les jours pairs étaient réservés aux diffusions en français et les impairs aux diffusions en néerlandais. Radio Belgique travailla du début à la fin indépendamment du Gouvernement belge de Londres.

Le ‘V’ de la Victoire

Le mardi 14 janvier 1941, Victor de Laveleye a une idée de génie. Au cours de son émission du soir, il propose à ses orateurs la chose suivante : « J’ai autre chose encore à vous proposer ce soir. Vous en ferez ce que vous en voudrez. Ecoutez ! […] Il faut que tous les patriotes de Belgique aient un signe de ralliement, qu’ils multiplient ce signe autour d’eux, qu’en le voyant inscrit partout ils sachent qu’ils sont une multitude. Et que l’occupant, lui aussi, en voyant ce signe, toujours le même, se répéter indéfiniment, comprenne qu’il est entouré, cerné, par une foule immense de citoyens belges qui attendent impatiemment son premier fléchissement, guettent sa première défaillance. […] Je vous propose, comme signe de ralliement, la lettre V. Pourquoi ? Parce que V, c’est la première lettre de Victoire en français et de Vrijheid (Liberté) en flamand. Deux choses qui vont ensemble, comme Wallons et Flamands marchent en ce moment, la main dans la main, deux choses qui sont la conséquence l’une de l’autre, la Victoire qui vous rendra la Liberté, la victoire de nos grands amis anglais. Et victoire, en anglais, se dit Victory. Le mot commence donc aussi par V. Vous voyez que cela cloppe de tous les côtés. […] Je propose V pour une autre raison encore, c’est que la lettre se crayonne facilement, rapidement. […] Ainsi, vous pouvez couvrir de V les murs de nos villes, les affiches boches, les mille endroits que vous jugerez convenir. Vous pouvez même pousser le culot jusqu’à griffer des V, avec un canif, une plume, un clou, la point d’un caillou, un vieux bouton de culotte, sur les carrosseries des autos boches. Mais soyez prudents. Le jeu consiste à les faire enrager sans se faire prendre. […] Vous pouvez aussi aller plus loin et en faire un signe de reconnaissance entre vous, le salut du patriote au patriote. Elevez la main droite – ou la main gauche si vous êtes gaucher – à la hauteur de la poitrine, la paume tournée vers vous, les doigts tendus vers le haut. Ecartez l’index et le médius, en abaissant le pouce et les deux derniers doigts. Cela fait V, dessiné dessinés par les deux doigts pointés vers le ciel. […] »

Ce signe de la victoire, symbole patriotique de la lutte anti nazie, va connaître un très grand retentissement en Europe occupée, retentissement qui rapidement revient aux oreilles des services d’informations britanniques.  En juin 1941, un anglais, le ‘colonel Britton’ (pseudonyme de D.E. Ritchie’) a l’idée de reprendre le rythme de la lettre V en morse : trois sons courts et un son plus long (ti-ti-ti-ta). Son avantage : il correspond précisément aux premières notes de la Symphonie nº 5 de Beethoven … La BBC va l’associer au générique de lancement des émissions de radio destinées à l’Europe occupée. De nombreux articles vont s’ensuivre dans la presse britannique et Churchill lui-même va s’approprier le signe et contribuer à sa popularisation. C’est le début d’une campagne de ‘V’ à Londres. En Belgique occupée, l’occupant tente de se réapproprier ce symbole, signe de son efficacité. On retrouve dès lors le « V » de la Victoire allemande sur quantité de bâtiments public mais ce détournement n’atteint pas ses objectifs. 

Après-guerre

En septembre 1944, Victor de Laveleye rentre en Belgique. Il devient brièvement ministre de l’Instruction publique. En 1945, il se rend aux Etats-Unis et participe, en tant que délégué du gouvernement belge à la Conférence de San Francisco et à l’élaboration de la Charte des Nations Unies. Il décède en Belgique le 14 décembre 1945 des suites d’une maladie.

Grace à lui, le ‘V’ de la Victoire, une simple consonne de l’alphabet sera devenue le symbole du ralliement autour d’un combat à gagner … celui de la ‘liberté morale inséparable de la dignité humaine’… Lors de la capitulation allemande du 8 mai 1945, le V s'impose comme symbole de la victoire. Ce symbole sera repris bien plus tard entre autres par le mouvement Solidarność, en Pologne (en opposition au communisme et au pouvoir en place).

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Institution : Imperial War Museum
Collection : HU 55521
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Institution : KBR
Légende d'origine : La Cité nouvelle, 9 5 1945

Bibliographie

de Laveleye Valentine, Victor de Laveleye. Un destin inachevé, 2003, 159 p.

Dutry Tinou C.  Le lancement du signe ‘V’ par Victor de Laveleye sur les antennes de la BBC ‘Ici radio Belgique’ le mardi 14 janvier 1941, Bruxelles, 1994, 9 p.

Fenaux Robert, Ici Radio Belgique. Les meilleurs commentaires de Victor de Laveleye, Bruxelles, A. Goemaere, 1949, 388 p.

Fenaux Robert, "Victor de Laveleye" in Biographie nationale, tome 34, Bruxelles, 1968, pp. 549-552, https://www.academieroyale.be/...


Voir aussi

258375.jpg Articles Propagande radiophonique Gillet Florence - Rase Céline