Belgique en guerre / Personnalités

Youra Livschitz

Thème - Résistance

Auteurs : Kesteloot Chantal (Institution : CegeSoma) - Maerten Fabrice (Institution : CegeSoma)

Le nom de Youra Livschitz (1917-1944) reste indissolublement associé à l’attaque du XXe convoi, un fait d’arme exceptionnel. Dans la soirée du
19 avril 1943, avec ses deux complices, Robert Maistriau et Jean Franklemon, le trio réussit en effet à ouvrir les portes d’un wagon du transport en route vers le camp d’Auschwitz.

Un étudiant engagé

Issu d’une famille aisée d’origine bessarabienne installée en Belgique depuis 1927, Youra Livschitz effectue ses humanités à l’Athénée d’Uccle où il noue de solides amitiés qu’il retrouvera dans la clandestinité. Il s’inscrit à l’Université libre de Bruxelles en 1935 où il entame des études de médecine. Militant progressiste, il participe à l’organisation du Cercle du Libre Examen et prend part à la rédaction de ses Cahiers. C’est à cette époque qu’il rencontre le couple formé par Yvonne Groisman et Hertz Jospa. Malgré la fermeture de l’ULB en novembre 1941 et les ordonnances anti-juives, il présente ses examens au jury central et termine ses études de médecine en 1942. Mais bientôt, il est frappé d’interdit professionnel en tant que Juif.

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Institution : https://www.infocenters.co.il/gfh/multimedia/Photos/Idea/55112.jpg
Légende d'origine : Youra Livschitz (1917-1944)

Une action héroïque

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Institution : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Statue_20th_convoy_2.jpg
Collection : WO2 at Dutch Wikipedia / CC BY-SA (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/)
Légende d'origine : Deuxième stèle réalisée à la mémoire de l'action de résistance contre le XXe transport de Juifs. Lieu: gare de Boortmeerbeek.

L’idée d’attaquer un convoi a germé dans les rangs du Comité de Défense des Juifs.  Mais pour le Front de l’Indépendance, l’action est trop risquée. Réunis dans les locaux de l’Atelier Marcel Hastir, trois résistants issus de l’Athénée d’Uccle décident de se lancer seuls. Un quatrième homme – Richard Altenhoff, qui ne participe finalement pas à l’attaque – fournit la seule arme dont disposera le trio. C’est à vélo que les trois hommes – outre Livschitz, Robert Maistriau et Jean Franklemon – partent depuis la place Meiser à Schaerbeek. Équipés de tenailles et d’une lampe tempête enveloppée d’un papier rouge, ils contraignent le train à s’arrêter entre les gares de Boortmeerbeek et de Haecht, dans une courbe. Seul un wagon est ouvert à l’aide des tenailles. Dix-sept personnes s’évadent. L’histoire du XXe convoi ne s’arrête pas là puisque plus loin sur le trajet, d’autres personnes prennent la fuite, grâce à des outils volés à la caserne Dossin et emportés clandestinement à bord du train. Au total, ils sont 236 à s’être enfuis (le convoi compte 1.631 déportés :) :26 sont tués, 90 sont repris (chiffres provenant de « Kazerne Dossin »), mais 120 recouvrent définitivement la liberté.

 

Les représailles allemandes

Jean Franklemon est rapidement arrêté suite à l’attaque tandis que Robert Maistriau réussit, lui, à se cacher avant d’être arrêté à son tour en mars 1944. Ils survivent tous deux à la déportation. Le quatrième homme de l’opération, Richard Altenhoff est arrêté début juillet 1943 et exécuté peu après. Quant à Youri Livschitz, il est arrêté une première fois le 14 mai 1943, parvient à s’échapper en blessant grièvement un de ses geôliers, puis est repris le 26 juin alors qu’il tente de fuir le pays avec son frère Alexandre. Emprisonné à Breendonk, il est probablement fusillé au Tir national le 17 février 1944, une semaine après son frère Alexandre (Choura).

Bibliographie

Schreiber, Marion, Rebelles silencieux. L’attaque du 20e convoi pour Auschwitz, Bruxelles, Racine, 2002, p. 23-34.

Steinberg Maxime, Schram Laurence, Transport XX Malines – Auschwitz, sous la rédaction de Ward Adriaens, Malines, Musée de la Déportation et de la Résistance, 2008.

Voir aussi

bso-97-j-bourgeois.jpg Articles Persécution des Juifs sous l'Occupation allemande Schram Laurence