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A quand une série sur les enfants de la résistance en Belgique francophone ?

Thème - Résistance

Auteur : Kesteloot Chantal (Institution : CegeSoma)

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Chantal Kesteloot

Responsable "Histoire publique", CegeSoma/Archives de l'Etat. Contribution également parue dans "Le Soir" en ligne, 23/10/2019

Après “Kinderen van de collaboratie”, la série “Kinderen van het Verzet” a débuté ce mardi 22 octobre sur “Canvas”. Elle est d’ores et déjà visible en intégralité sur “VRT nu”. Treize enfants de résistants, nés entre 1927 (pour le plus âgé d’entre eux) et 1966 (pour la plus jeune) y témoignent de leur vécu : une enfance voire une vie dans l’ombre d’une histoire singulière, celle d’un père – ou d’une mère - engagé, arrêté, décédé ou survivant du traumatisme concentrationnaire. Une approche de l’histoire par l’intime qui nous interpelle et forcément nous bouleverse. Dans quelle mesure la guerre a-t-elle marqué cette génération et comment envisagent-ils le monde aujourd’hui ? La formule de la série reste inchangée : cinq numéros donnent la parole aux « enfants de » suivant une trame chronologique de la période de guerre à son héritage actuel. Le sixième tend le micro aux historiens qui évoqueront l’histoire et la mémoire de la résistance en Flandre.

Une série qui vient à point nommé

Cette série vient à point nommé tant l’histoire de la résistance mérite d’être entendue. Longtemps, le focus – et tout particulièrement en Flandre – a été porté sur l’histoire de la collaboration et de la répression. La série « Kinderen van de collaboratie » a d’ailleurs été la première du genre. Le succès rencontré – près d’un demi-million de téléspectateurs - a encouragé l’équipe à prolonger l’initiative : d’abord sur la période coloniale et aujourd’hui sur la résistance.

Ce que révèlent ces témoignages, ce sont des histoires difficiles ; l’ombre de la guerre demeurée présente dans la vie des familles, des parents meurtris, des enfants bouleversés. Une histoire nécessaire tant il importe de comprendre à quel point nos sociétés ont été marquées par ces années, bien au-delà de leur durée brute dans le temps. L’émission nous interpelle également par ce qu’elle nous révèle indirectement : l’histoire d’une résistance délaissée et mal connue. La Flandre n’a guère donné de place à cet engagement, à des combats souvent placés sous le signe de valeurs jugées obsolètes comme l’attachement à la patrie belge.

La délivrance
Institution : CegeSoma
Collection : Belgian War Press
Légende d'origine : La délivrance s.d.

Et en Belgique francophone ?

Walthère Dewé
Légende d'origine : Timbre édité par la poste belge, décembre 1953

Mais qu’en est-il en Belgique francophone ? Avons-nous plus volontiers porté les valeurs de la résistance et connaissons-nous pour autant son histoire ? Nul besoin de sondage scientifique pour se convaincre que le nom de Léon Degrelle est bien plus connu que celui de Walthère Dewé. Nul besoin de recherches approfondies pour réaliser que la résistance n’a laissé que peu de traces dans l’espace public, surtout si on la compare à celles des patriotes de la Grande Guerre. Bien peu de noms de rues ou de monuments leur rendent hommage. Gabrielle Petit ou Edith Cavell sont bien plus connues que Marguerite Bervoets ou Andrée De Jongh, pour ne citer que ces deux résistantes parmi les moins oubliées. Comprenons-nous : il ne s’agit pas de tomber dans une histoire hagiographique où l’on nous montrerait les « bons » héros. Pas de « canon » historiographique en Belgique francophone tel qu’en vogue en Flandre ….surtout pas. Mais se dire combien une histoire qui analyse les engagements, leurs logiques, leurs valeurs mais aussi leurs contradictions reste nécessaire. Cette histoire, elle passe à la fois par des recherches mais aussi par la transmission. En ce sens, l’histoire que révèlent les enfants de la résistance n’est pas celle des ouvrages académiques mais elle les accompagne, leur donne une dimension personnelle, laisse place à l’émotion. Opposer l’un à l’autre n’a guère de sens. A travers une série télévisée, c’est l’héritage d’une expérience de guerre qui se raconte. A travers la recherche, c’est la société belge confrontée à la guerre, à l’engagement (et au non-engagement) qui émerge. L’un permet de comprendre l’autre et vice-versa.

Historiciser la résistance

A l’heure où la Flandre semble enfin s’intéresser à l’histoire de la résistance, on ne peut que plaider pour qu’une initiative similaire soit lancée au plus vite dans le monde francophone. On sait qu’une série sur les enfants de la collaboration est en préparation. Cette série est également nécessaire. Espérons, qu’à l’instar de ce qui s’est fait dans le nord du pays, elle soit également le fer de lance d’une deuxième série, consacrée aux enfants de la résistance. Au-delà, souhaitons également, en cette année du 75e anniversaire de la Libération pour que des moyens soient consacrés à écrire cette histoire et que des initiatives se multiplient. Sortir les résistants de l’oubli – et pas uniquement par des pavés de mémoire – mais aussi avoir une approche de cette histoire, ne pas uniquement se draper des valeurs de l’antifascisme et de la résistance mais appréhender ces engagements dans leurs réalités, leurs actions et leurs conséquences. Historiciser la résistance.

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