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Occupation – résistance et collaboration. Retour sur le symposium du "Groupe Mémoire Groep Herinnering"

Auteur : Kesteloot Chantal (Institution : CegeSoma)

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Chantal Kesteloot

Responsable "Histoire publique", CegeSoma/Archives de l'Etat.

Quelque deux cent personnes se sont réunies ce samedi 30 mars 2019 à l’initiative du "Groupe Mémoire - Groep Herinnering" pour un symposium intitulé « Schützhaftlinge. Im Zwang für das Reich ». En version française, l’annonce mentionnait également « Prisonniers politiques. La mémoire de la résistance ».  Le groupe a vu le jour il y a 25 ans à l’initiative de prisonniers politiques et de déportés raciaux de la Seconde Guerre mondiale. Leur objectif était de conserver vivant le souvenir de leur combat contre le nazisme et le totalitarisme. Ce combat s’inscrivait aussi dans le contexte de la lutte contre le négationnisme et l’amnistie.

Aujourd’hui, le groupe ne compte plus aucun prisonnier politique et ce sont donc des descendants d’anciens qui sont aux commandes. A la présidence on trouve un pédiatre, le docteur Yves Louis, qui se consacre notamment à l’étude du rôle des médecins pendant la Seconde Guerre mondiale ainsi que l’historienne Claire Pahaut qui a été l’un des piliers de la cellule « Démocratie ou Barbarie » à la Communauté française. La détermination du groupe Mémoire reste intacte. Leurs objectifs sont d’ordre historique mais surtout politique. Le choix d’organiser ce symposium à Anvers n’était sans doute pas fortuit pour un groupe qui a inscrit à son programme la lutte contre les partis dits ethno-régionalistes.  

Ce symposium associait à la fois des orateurs belges, français et allemands ; des historiens, des médecins, une écrivaine, des journalistes. En toile de fond se posait la question de savoir comment parler aujourd’hui de l’occupation, de la résistance et de la collaboration mais aussi d’appréhender les conséquences du conflit sur la deuxième génération. Le public se composait en effet de membres de diverses associations d’anciens et de leurs descendants mais aussi de jeunes issus de deux écoles supérieures, l’une anversoise et l’autre liégeoise, ainsi que d’historiens. La journée a été riche, dense et fertile et invite à la réflexion. Impossible ici de reprendre toutes les questions abordées. Je souhaite néanmoins formuler quelques réflexions pour contribuer à la poursuite du débat. 

Comprendre le passé et non le commémorer

Evoquant l’engagement résistant et les valeurs qu’il prônait, José Gotovitch a appelé à s’investir davantage dans la compréhension du passé et non dans sa commémoration. Les sociétés contemporaines semblent en effet être entrées dans une ère de commémorations permanentes sans que celles-ci n’apportent les clés de lecture des enjeux essentiels. Cette question avait déjà fait l’objet d’une contribution antérieure ici même. Sans contester ce propos, il importe néanmoins d’évoquer à la fois l’apport des commémorations en termes de productions historiques et muséales mais aussi d’en souligner les angles morts tout aussi révélateurs. Les commémorations sont le reflet d’un investissement politique qui cherche tant bien que mal à rencontrer une demande sociale. Difficile d’envisager la réussite de commémorations sans que celles-ci ne soient un tant soit peu en phase avec les représentations sociétales du passé. Leurs modes opératoires ont bien changé et les valeurs portées aussi. Plus de place aujourd’hui pour le patriotisme d’antan, comme il n’y avait jadis guère de place pour les victimes. Seuls importaient les héros et leur combat. Les commémorations portent donc en elles un discours sur le passé qui ne peut qu’interpeller l’historien. Elles (s)ont une histoire en soi qui doit précisément nous permettre de comprendre le passé.  

résistante, septembre 1944
Institution : CegeSoma
Collection : Libération de Bruxelles par les Alliés
Droits d'auteur : CegeSoma
Légende d'origine : Devant la Bourse, une résistante FI (M.P. et Solidarité)

La mémoire controversée de la collaboration

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Légende d'origine : Bruno De Wever, Greep naar de macht. Vlaams-nationalisme en Nieuwe Orde. Het VNV 1933-1945, Tielt, Lannoo, 1994.

Pour aborder le sujet difficile et délicat de l’historiographie de la collaboration, les organisateurs avaient fait appel à Marc Verschooris, auteur de publications sur la résistance, la collaboration et la persécution des Juifs.

Ses propos ont à tout le moins surpris. A partir de questions essentielles sur la mémoire de la résistance et de la collaboration, il nous a dressé un étrange tableau d’une société flamande en proie à la banalisation, à l’occultation et à la déformation. Et l’orateur de se livrer à une lecture très sélective de l’historiographie, sans historiens serait-on presque tenté d’écrire. En se focalisant sur les écrits de Luc Beyer de Rycke, en épinglant les témoignages d’enfants de collaborateurs, en reprenant quelques citations d’hommes politiques, il opère une singulière occultation de tout ce que l’historiographie a pu produire sur la collaboration ces trente dernières années. Pas de mention des travaux de Bruno De Wever ni de Nico Wouters ou encore de la « Nieuwe Encyclopedie van de Vlaamse Beweging ». Les publications de Koen Aerts sont évoquées mais de manière qui frise la caricature. Le débat est pourtant essentiel. Pourquoi une mémoire de la collaboration si présente ? Pourquoi une mémoire de la résistance si absente ? Mais en négligeant les travaux qui ont fait date et qui ont contribué à une approche scientifique du sujet – y compris à travers les publications destinées au grand public comme le numéro de Knack ou le site Belgium WWII – on reste sur sa faim, sans comprendre.

Le silence de la mémoire résistante

Marnix Beyen est revenu sur ce silence de la mémoire résistante en Flandre. Il a mis en exergue des explications politiques, culturelles et sociétales. Ce qui frappe, c’est combien ses propos ne sont en rien spécifiques à la Flandre. La résistance belge apparaît comme un être collectif et non le fruit de divers parcours individuels. Pas de Jean Moulin à la Belge. Guère de héros ou de martyrs qui ont marqué la mémoire collective. La toponymie ne rend guère hommage à ces combattants de l’ombre bien moins présents dans l’espace public que ne le sont les héros et combattants de la Grande Guerre. Le Monument national de la Résistance n’a pas réussi à capitaliser la mémoire comme l’a fait le Soldat inconnu, du moins dans l’entre-deux-guerres. Privé de rôle politique, les résistants se sont trop vite perdus dans une quête de statuts et de reconnaissance(s). Ils se sont déchirés et pas uniquement sur des enjeux politiques. Les valeurs patriotiques auxquelles ils se sont accrochés se sont effritées. Plus tardivement, ce sont les victimes du génocide qui leur ont ravi la première place. Est-il pour autant trop tard ? Comment appréhender aujourd’hui la mémoire de cette résistance ? N’est-il pas socialement salutaire de comprendre le combat de ces hommes et de ces femmes pour « armer » les consciences comme l’épinglait José Gotovitch ?

En conclusion, une journée fertile en réflexions et débats à garder à l’esprit à l’occasion du 75e anniversaire  de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

Bibliographie

Aerts Koen en De Wever Bruno, « Het verzet in de publieke herinnering in Vlaanderen » in RBHC/BTNG,  2012, 2-3, pp. 78-107 (https://www.journalbelgianhistory.be/nl/journal/belgisch-tijdschrift-voor-nieuwste-geschiedenis-xlii20122/verzet-publieke-herinnering).

Aerts, Koen, Dirk Luyten, Bart Willems, Paul Drossen et Pieter Lagrou. Papy était-il un nazi? Sur les traces d’un passé de guerre, Racine, Bruxelles, 2017.

Benvindo, Bruno et Evert Peeters, Les décombres de la guerre : mémoires belges en conflit, 1945-2010, Waterloo, Renaissance du Livre, 2012

De Wever, Bruno, Greep naar de macht. Vlaams-nationalisme en Nieuwe Orde. Het VNV 1933-1945, Tielt, Lannoo, 1994.

Bruno De Wever, Helen Grevers, Rudi Van Doorslaer en Jan Julia Zurné (red.), België 40-45, Roeselare : Roularta, 2015. 

Gotovitch José et Kesteloot Chantal (dir), Collaboration, répression : un passé qui résiste, Bruxelles, Labor, 2002.

Luc Huyse, Steven Dhondt e.a., Onverwerkt verleden. Collaboratie en repressie in België 1942-1952, Leuven, Kritak, 1991.

Aline Sax, Voor Vlaanderen, Volk en Führer. De motivatie en het wereldbeeld van Vlaamse collaborateurs tijdens de Tweede Wereldoorlog 1940-1945, Antwerpen, Manteau, 2012.

Frank Seberechts, Drang naar het Oosten. Vlaamse soldaten en kolonisten aan het Oostfront, Kalmthout, Polis, 2019.

Wouters, Nico, Oorlogsburgemeesters 40/44: lokaal bestuur en collaboratie in België, Tielt, Lannoo, 2004.

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Réaction transmise par le docteur Yves Louis, Président du Groupe Mémoire-Groep Herinnering

De doelstellingen van de Groupe Mémoire- Groep Herinnering zijn duidelijk en steeds dezelfde gebleven in de traditie van Dr André Wynen die ook mijn mentor was in het medisch syndicalisme en Pieter Paul Baeten die zijn kritiek naar de Vlaamse nationalisten niet onder stoelen of banken stak.

De felle kritiek op Marc Verschooris vind ik onterecht, ik denk niet dat hij een les geschiedenis wou geven over de collaboratie, het was enkel een analyse over hoe in de Vlaamse pensée unique de collaboratie steeds op een subtiele manier vergoelijkt wordt om de sporen uit te wissen. Hij hoefde hiervoor geen lijst referenties te geven van geschiedkundige werken, Marnix Beyen heeft dat overigens ook niet gedaan.

Geneeskunde is geen exacte wetenschap, geschiedenis nog minder. 

De geschiedenis dient men niet te hanteren als een gouden standaard naar wat de burger moet denken zoals strakke guidelines in de geneeskunde die men wil opleggen aan de patiënt en die snel  smelten als sneeuw voor de zon.

Marc Verschooris heeft in zijn omvangrijk werk steeds de bronnen correct vermeld wat niet altijd kan gezegd worden van professionele geschiedkundigen.