Belgien im Krieg / Artikel

Bombardement du dépôt des archives de l’État à Liège le 24 décembre 1944

Verfasser : Wilkin Bernard (Institution : Archives de l'Etat)

Un raid historique, des pertes monumentales

Le 24 décembre 1944, les membres d’une unité de la Luftwaffe, les Kampfgeschwader 76 viennent de recevoir l’ordre préliminaire de détruire le réseau ferroviaire liégeois, un objectif de première importance alors que le sort de l’Allemagne nazie se joue dans la bataille des Ardennes, lancée le 16 décembre 1944. L’officier qui commande le raid aérien, le capitaine Dieter Lukesch, né le 15 juillet 1918 en Autriche, sert dans la Luftwaffe depuis le début de la guerre et s’est vu récompensé de nombreuses fois pour sa bravoure au feu. Le commandant du KG76 peut compter sur un atout supplémentaire : un bombardier à réaction. L’Arado AR 234B avec lequel volent les hommes de Lukesch fait partie de ces armes miraculeuses censées changer la marche de la guerre. Rapide, capable de porter 600 à 800 kilos de bombes incendiaires, il s’agit de l’outil idéal pour mener à bien une mission de destruction d’un objectif théoriquement protégé par la chasse alliée et l’artillerie au sol.

 

  Escortés par des chasseurs Messerschmitt Me262 à réaction, les bombardiers prennent la direction de la Belgique. La formation aérienne est rapidement repérée par des radars et interceptée par des Typhoon britanniques du 439th Squadron. Le combat qui s’ensuit ne permet pas de détourner les Arados, trop rapides pour les pilotes canadiens empêtrés dans un ballet mortel avec les Me262. Arrivés à la verticale de Liège, les pilotes allemands libèrent les bombes. Les gares de Sclessin et Jonfosse, qui ravitaillent l’armée américaine et permettent l’évacuation des blessés alliés, sont principalement visées.

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Institution : Archives de l'Etat à Liège
Urheberrecht : Archives de l'Etat à Liège
Legende des Ursprungs : Bâtiment des Archives de l'Etat après le bombardement du 24 décembre 1944

Des conséquences funestes

Pour les Archives de l’État à Liège, les conséquences du bombardement de la gare de Jonfosse, voisine des dépôts, sont funestes. Quelques jours plus tard, l’archiviste Ivan Delatte décrit l’apocalypse : «  Á la suite de ce bombardement, le projectile ayant heurté le tableau électrique, un incendie s’est produit, qui grâce à la présence immédiate des pompiers a pu être circonscrit à la partie du dépôt fracassée, mais n’a plu être dominé que le lendemain dans la journée. Les pompes d’incendie ont dû fonctionne toute la nuit. L’origine de cet incendie doit être attribué à un court-circuit. L’incendie s’est produit immédiatement et a atteint de suite un certain degré de violence ». Des milliers de documents précieux sont propulsées dans la neige, malgré les efforts désespérés des membres du personnel et des volontaires. En dépit de cet élan, des dizaines de registres et cartulaires partent en fumée tandis que l’humidité anéantit de nombreux autres documents. Tout un pan de l’histoire liégeoise succombe, victime de la folie humaine.

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