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Institution : CegeSoma
Sammlung : Sipho
Urheberrecht : CegeSoma
Legende des Ursprungs : Orchestre Stan Brenders. Saguet, Demany, Billen et Jo Magist.
Kriegsschicksale

Stan Brenders

Thema - Kollaboration

De la gloire à l’oubli : au sommet lors de l’Occupation, la carrière du jazzman, Stan Brenders, finit de manière brutale après la Libération. Découvrez comment la guerre et ses conséquences ont véritablement façonné sa carrière et sa vie.

Verfasser : Brulard Margot (Institution : CegeSoma) - Sinnaeve Lucas (Institution : UCL)

Les débuts du jazz

Dès son plus jeune âge, Stan révèle un grand talent musical. Poussé par sa famille, l’enfant étudie la musique classique au conservatoire. Pourtant, au désespoir de son père, Stan se passionne pour un nouveau genre :  le jazz. Talentueux, il devient rapidement le pianiste de l’orchestre « Charles Remue and his New Stompers Orchestra». Le groupe connait un grand succès. 

Stan est rapidement confronté à un dilemme difficile: la carrière ou la famille ? En effet, Madeleine, sa épouse, souhaite qu’il abandonne sa vie d’artiste jugée instable. Elle lui propose de reprendre la direction de l’usine familiale de parapluies. Un peu à contre cœur, Stan accepte. Directeur la journée, il se rêve encore musicien le soir lorsqu’il joue sur son piano.Une invention va relancer sa carrière artistique : la radio. Véritable révolution technique et culturelle, la radio lui offre enfin la chance de vivre sa passion tout en ayant un ‘véritable métier’. Sa femme accepte plus facilement une carrière sur les ondes que dans les bars. En 1931, Stan devient pianiste à l’Institut National de Radiodiffusion (INR). 

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Institution : CegeSoma
Sammlung : Sipho
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Legende des Ursprungs : Orchestre Stan Brenders. Saguet, Demany, Billen et Jo Magist.

La période de gloire

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Institution : CegeSoma
Sammlung : Sipho
Urheberrecht : CegeSoma
Legende des Ursprungs : Radio, Bruxelles

Bruxelles, 10 mai 1940, la nouvelle retentit sur les ondes: «les Allemands ont envahi la Belgique ». Dix jours à peine après l’invasion, les nouveaux occupants se saisissent du micro de l’INR abandonné par l’ancienne direction. Radio Bruxelles-Zender Bruxelles devient un outil de propagande allemande et diffuse bientôt journaux, émissions ou billets truffés d’idées antisémites, antibolchéviques et pro-allemandes.

La majorité des journalistes de l’INR sont renvoyés tandis que le personnel et les musiciens, dont Stan, conservent leur emploi. Si le jazz est officiellement interdit en Allemagne, des orchestres de jazz, comme celui de Stan, restent programmés sur les ondes.

 Pour Stan, c’est une chance incroyable.  Privé des influences musicales anglo-saxonnes, le musicien devient également compositeur et rayonne dans toute l’Europe.  En 1942, le jazzman enregistre un disque dans lequel il accompagne, entre autres, Django Reinhardt. Pour échapper au travail obligatoire, Stan accepte de jouer pour l’occupant et même d’aller jouer en Allemagne où il produit un disque sur un label allemand. Alors au sommet de sa notoriété, l’Occupation est certainement la période la plus remarquable de la carrière du pianiste. 

 

Incompréhension

Septembre 1944, la Belgique est enfin libérée! Rapidement, les scènes de joies cèdent la place à un sentiment de suspicion généralisé. À l’INR, le climat est tendu. La direction décide d’exclure les personnes ayant collaboré avec l’occupant. C’est le lancement d’ une longue procédure interne, l’‘épuration’.

Stan est convoqué. Pour l’artiste, c’est l’incompréhension la plus totale. À la fin de la guerre, le musicien a aidé la résistance. Il est donc persuadé d’être à l’abri de la menace. Le jury n’a toutefois pas oublié que sa musique a retentit sur les ondes à côté de la propagande allemande.  Photos, contrats, enregistrements, etc. tout est exposé comme pièces à conviction. Selon le jury, c’est la preuve irréfutable de son incivisme. 

Expulsé de la radio, Stan risque aussi d’être condamné par l’Auditorat militaire. Le musicien souhaite prouver son innocence. Il estime n’avoir fait que son métier : jouer de la musique. Les témoignages en sa faveur se multiplient. Finalement, en mars 1945, le dossier est classé sans suite.

Trop tard pour l’artiste qui est désormais associé à la collaboration. Sa notoriété est entachée et sa carrière brisée. Pendant plus de 10 ans, Stan va se battre pour faire valoir sa bonne foi et son droit à être entendu à nouveau sur les ondes. Il sera blanchi en 1955 mais cette décision ne change pas l’opinion du public. Brisé par la mort prématurée de son fils en 1953, il abandonne définitivement l’idée de revenir à la radio.


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Legende des Ursprungs : Orchestre Stan Brenders. Stan Brenders.

Le piano de toute une vie

Le piano de Stan, son compagnon de toujours se retrouve dans les locaux de l’Archiduc, le club de jazz créé en 1953 par Stan et sa femme.

Avec ce piano, Stan a tout partagé : ses débuts prometteurs dans les New Stompers, les morceaux joués en famille lorsqu’il dirigeait l’entreprise familiale avant-guerre, le succès durant l’Occupation mais aussi la déception, la tristesse  et l’incompréhension suite à sa mise à l’écart.

Stan Brenders : incivique ou jazzman passionné qui a saisi la chance de sa carrière en continuant de jouer ? Au-delà des extrêmes, entre collaboration et résistance, il existe une zone grise très complexe remplie d’une multitude de comportements différents. Pour nombre d’artistes, l’occupation a offert de nombreuses opportunités. Certains les ont saisies ; d’autres pas. Stan Brenders les as saisies, considérant qu’il ne faisait que son métier. Les commissions d’épuration de l’INR en ont décidé autrement.  

Bibliographie

Erauw, Wilhelm. “Musique.” Edited by Paul Aron and José Gotovitch. Dictionnaire de La Seconde Guerre Mondiale En Belgique. Bruxelles: André Versaille, 2008.


Pour en savoir plus...

258375.jpg Artikel Propagande radiophonique Gillet Florence - Rase Céline
258375.jpg Artikel Propagande Di Jorio Irène
13400.jpg Artikel Epuration privée Luyten Dirk
163793.jpg Artikel Die Säuberung und die Strafverfolgung der Kollaboration Aerts Koen