Destins de Guerre

Lily van Oost, ép. de Gerlache de Gomery

Thème - Résistance

Une femme en résistance. Une famille très attachée à son pays

Auteur : Pahaut Claire (Institution : Historienne - Groupe Mémoire - Groep Herinnering")

Des notes de bonheur

Anne-Marie (Lily) van Oost naît le 20 octobre 1923. Elle partage son enfance entre Gand et le Château de l’Ast (Kasteel den Ast), à Huysse, près d’Audenarde, dans un foyer où se mêlaient "toutes les notes de bonheur", selon ses propres  termes dans un témoignage postérieur. Son père Georges van Oost (1866-1957), anobli en 1937, est actionnaire et président du groupe textile « Alsberge & van Oost (AVO) » à Gand. Il est l’époux de Marie-Louise Douville de Franssu, (1883-1954), de noblesse française. Le couple a trois enfants, Lily, Henri et Jacques. Ce dernier décède à l’âge de quelques mois.

Lily et Henri sont élevés dans le respect de valeurs dites « premières » : le divin, le bien-être familial, la fidélité au pays, la liberté, le respect de l’autre, la musique et les roses. Toutes les notes tenues enfermées dans ce que Lily appellera le silence sacré. 

Devoir et engagement

A 12 ans, Lily entre au pensionnat du Sacré-Cœur de Jette, à Bruxelles, où elle intègre la section de langues modernes. Elle profite de ses retours à Huysse pour vivre pleinement l’esprit du guidisme à la 1ère Unité Ste-Colette de Gand, fondée en 1932. Elle reçoit pour totem, "Lionne intrépide". A 17 ans, elle « monte » au Clan du Froment, le seul clan d’éclaireuses de la ville.

Lily van Oost est également très sportive et retrouve régulièrement ses amis dans la pratique de l’équitation, du ski, du tennis, de la natation, du vélo et du hockey, sans oublier, les soirées dansantes.

Au-delà de cette insouciance, croît la conscience. Depuis 1937 déjà, les parents van Oost, partagent avec leurs enfants la lecture de Mein Kampf. Pour Lily, les idées d’Hitler sont de l’ordre du possible en termes de réalisation. 


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Institution : © Arch. Famille de Gerlache de Gomery-van Oost.
Droits d'auteur : Droits réservés
Légende d'origine : Lily van Oost, 1937

10 mai 1940. La vie bascule

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Institution : www.vecu.be
Droits d'auteur : Droits réservés
Légende d'origine : Château de l’Ast à Huysse

La réquisition du Château de l’Ast par l’occupant modifie complètement le quotidien de la famille.

Dès l’hiver 1940-1941 et avec d’autres guides et scouts aînés de Belgique, Lily prend en main la coordination et l’animation des camps d’été de l’AEP (Aide aux Enfants de Prisonniers). A la demande du baron Jacques van der Bruggen, elle organise, en 1943, un camp de deux mois pour 14 enfants de l’AEP, au Belvédère, dépendance du Château de l’Ast. Un camp ponctué par le salut quotidien au drapeau ; sans être jamais dérangés par l’Occupant.

 On la retrouve également à la Croix-Rouge, comme téléphoniste et ambulancière ; et au Foyer Léopold III de Gand, pour servir les repas. Pour elle, entrer en guerre signifie lutter pour les libertés en se mettant « au service de ».

La mère, Marie-Louise Douville, issue d’une famille d’officiers de Picardie, se souvient de la présence chez elle, bien avant 1914, de dignitaires allemands, désireux de se perfectionner en français. Et en 1940, elle impose ses règles de vie aux soldats de la Wehrmacht venue s’installer à Huysse. Lily garde de sa mère l’image d’une grande dame qui ne laisse rien passer. Elle refuse, par exemple, l’usage des terrains de tennis aux militaires allemands. Le père, lui, reste le plus souvent dans leur maison de Gand, rue Basse des Champs (de Nederkouter), pour gérer le travail de l’usine.

Une famille de résistants

En fait, Georges van Oost et ses deux enfants, Lily et Henri, ont été engagés, mais à des dates différentes, au sein de l’Armée Secrète (AS), - à l’Etat-major de la Zone III, secteur de Gand.  

Leurs dossiers précisent qu’ils dépendaient du chef d’Etat-major Louis Camu, directeur de la Banque de Bruxelles, et du major Auguste Haus (lieutenant-colonel après la guerre), commandant de la Zone et dont le baron Jacques van der Bruggen était officier de liaison.

Georges van Oost est reconnu Résistant armé, du 1er juillet 1943 au 14 octobre 1944. Il réceptionne les messages et les armes transférés de Huysse par son fils et assure la liaison avec Londres. Il héberge également des maquisards et des réfractaires. De plus, même si l’usine est surveillée par l’Occupant, il sabote la production en faisant ralentir le rythme de travail et en intégrant clandestinement dans le personnel, des ouvriers réfractaires.

Arrêté, il est incarcéré avec son épouse, à la prison de Gand, du 15 au 27 juillet 1944. Cette arrestation s’inscrit dans le cadre d’une plus large affaire. Le 15 juillet 1944, des hommes de la Zone III de l’AS de Gand réussissent, après plusieurs tentatives, à libérer Albert Mélot,  à la Papegaaistraat.

Ce dernier avait été arrêté, le 14 juin déjà, en compagnie de trois complices, sur dénonciation du bourgmestre de Gavere, Eugène Degroodt, un collaborateur. Ces quatre résistants venaient de saboter la ligne de chemin de fer Gand-Lille pour bloquer un convoi transportant des troupes envoyées en renfort sur le front de Normandie et avaient été accueillis et cachés à Gavere, dans la demeure de Renaud Nève de Mévergnies. Le bourgmestre, alerté, prévient aussitôt la GFP : « Les oiseaux sont dans le nid ».

Arrêté, Albert Mélot est lourdement torturé et drogué. Il réussit pourtant à demander à être confronté avec Madame van Oost, avec l’intention cachée de lui passer le message que leur fils Henri était hautement recherché. Marie-Louise van Oost est ensuite ramenée à Huysse avec une voiture de la Gestapo.

L’évasion d’Albert Mélot, le 15 juillet, ne reste pas sans suite. Par représailles, une centaine d’otages sont arrêtés, dont les parents van Oost. Sa propre famille n’est pas épargnée. Sa mère, Marguerite Mélot, née Verhaegen, et trois de ses sœurs, Madeleine, Claire et Suzanne sont arrêtées et déportées à Ravensbrück. Seules Madeleine et Claire survivent. 

Henri est, lui aussi, reconnu "Résistant armé", au grade de sous-lieutenant, pour la période du 1er juillet 1941 au 14 octobre 1944. Ses états de service le domicilient à Gand, dans la demeure familiale rue Basse aux Champs, alors qu’il assumait un refuge de l’AS au Château de l’Ast à Huysse. Il s’occupe de recrutement, d’organisation de la liaison intérieure dans la Zone et vers Londres, de transports d’armes …  Au début de l’été 1944, il doit se cacher. Il décède malheureusement le 26 février 1945 des suites d’un accident de la route en service commandé chez les Blindés.

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Institution : © Arch. Famille de Gerlache de Gomery-van Oost
Droits d'auteur : Droits réservés
Légende d'origine : Lily van Oost, Lionne intrépide, 1938, Henri van Oost, Sous-lieutenant de l’Armée Secrète belge
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Institution : Centre de Documentation historique des Forces armées. Belgique. Evere.
Légende d'origine : Dossier N° II / 300/ 93 , van Oost Anne-Marie. Unité à l’A. S. : Zone III Refuge : Etat Major.
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Institution : Archives de l'Etat
Légende d'origine : AGR, Commission de Reconnaissance nationale. Dossier van Oost Anne-Marie ép. de Gerlache de Gomery, n° 31552/68.

Lily en résistance

Après la clôture du camp de l’AEP à Huysse, Lily van Oost se rapproche discrètement d’amis de l’AS.  Ses déplacements en vélo de la maison de Huysse à celle de Gand, lui facilitent les choses.

Le 1er octobre 1943, des missions de « liaison » entre l’Etat-Major de la Zone III et le commandant de Secteur de Flandre orientale lui sont confiées de même que des transports de messages concernant les opérations militaires, de Aelter à Wingene et de Huysse vers les plaines de parachutages. Cette phase est qualifiée dans ses états de service, de période de « préalerte ». Elle se prolonge jusqu’au printemps 1944.

Commence alors, le deuxième temps d’apprentissage, la période « d’alerte » où Lily passe à la transmission d’ordres secrets. Par prudence, dès mars 1944, elle décide de déménager au Ter Vaart, à Mariakerke-lez-Gand. La maison possède deux entrées : Ter Vaart, du côté du canal et de l’autre côté, le 554, Bruggesteenweg. Elle peut y accueillir et héberger des réfractaires, des agents anglais et des maquisards. Ce qui lui permet de commencer, en même temps, à remplacer quelque peu son frère Henri, au refuge de Huysse.

Le 1er juin 1944, Lily van Oost entre officiellement dans sa période « active » à l’AS. Les ordres se multiplient et demandent de plus en plus d’attention. Des missions de liaison au bénéfice de l’organisation de plaines de parachutages et des terrains de refuges; des missions de liaison auprès de chefs de groupements de saboteurs ;  la participation à des transports d’armes et de fonds,  toujours sous les conseils du major A. Haus et de son frère Henri, forcé bientôt, à rejoindre le maquis. Même si la tête de son frère est « mise à prix », ses parents arrêtés et elle-même recherchée, Lily continue à travailler avec « un superbe courage ».

Son franc parler et son assurance, teintés de pointes d’humour, lui permettent d’entrer aisément dans sa nouvelle identité. Elle dissimule des messages dans ses boucles de cheveux coiffés en chignon. Elle apprend à être constamment sur le qui-vive; à se méfier, toujours et encore. N’était-elle pas, courrière, estafette, continuellement sur les routes ?

Dans ses témoignages d’après-guerre, Lily fait de son frère un héros, sans en révéler les missions. Son implication à elle ? Elle la minimise : Mon travail, c’était plus d’aider les résistants que d’être résistante moi-même. Son engagement est pourtant exceptionnel. Une vraie résistante, de vrais défis. Nous étions engagés, il n’était pas question qu’on s’arrête. Mais, si c’était à refaire, on prendrait tout de même plus de mesures de sécurité ; c’était difficile de rester constamment dans le secret. Elle n’en dira pas plus.

Le 27 juillet 1944, Lily van Oost est informée du retour de prison de ses parents, à Huysse ; elle reçoit l’ordre prudent de quitter la région et s’apprête à descendre dans les Ardennes. Elle doit s’arrêter rue Belliard à Bruxelles où l’attend sa fausse carte d’identité. La GFP, aux aguets, fait d’une pierre deux coups. Elle surveillait Pauline de Selys née Cornet, de la maison voisine et trouve la carte d’identité de Lily van Oost dans la boîte aux lettres. Elles sont toutes deux arrêtées.

 

 

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Institution : Centre de Documentation historique des Forces armées. Belgique. Evere.
Légende d'origine : Avis du Chef d’Etat Major de la Zone : Louis Camu du Commandant de la Zone, le Lt.-Col. Auguste Haus
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Institution : Centre de Documentation historique des Forces armées. Belgique. Evere.
Légende d'origine : Dossier N° II / 300/ 93 , van Oost Anne-Marie Unité à l’A. S. : Zone III Refuge : Etat Major

Le piège

Dans un premier temps, la peur la saisit. Elle tremble de tout son corps. Interrogée sur place, puis avenue Louise, elle est emmenée à la GFP de Gand, 89 Nieuwewandeling. Pendant le trajet -où elle refuse les menottes-, elle prend conscience de ses atouts. L’enthousiasme de ses 20 ans ; ses airs ingénus mais décidés ; une santé de fer et la force de savoir, à l’insu des Allemands, ses parents libérés. Durant les premiers interrogatoires, elle multiplie les fausses déclarations. Mais les officiers ne sont pas dupes. Elle reste six à sept semaines en cellule à Gand, avant d’être déportée en Allemagne.

Lily van Oost sera déportée au camp de Ravensbrück, « un endroit où les femmes meurent ou bien deviennent laides et méchantes », prophétise le gardien de la prison de Gand. Le départ est fixé au 30 août 1944.

Direction Ravensbrück, l’obscurité d’un lieu inconnu

Excitée à l’idée de changer d’air, Lily quitte, joyeuse, la prison de Gand. Le train fait halte à Anvers, Hambourg et Neuengamme et s’arrête le 3 septembre à minuit, à la petite gare de Furstenberg. Une marche de quelques kilomètres conduit les déportées à Ravensbrück. Les prisonnières entrent brutalement dans l’obscurité d’un lieu inconnu. Hurlements des gardiens, claquements des fouets, aboiements des chiens, les agressent de partout. Un autre monde.

 Des huit mois de sa déportation, on sait peu de chose. Même dans Le Faux Silence, écrit 25 ans après son retour de Ravensbrück, Lily van Oost tait la vérité de ses humiliations, de ses chagrins, de sa désespérance. A son retour, elle s’enferme dans le silence. Par discrétion, par respect des siens, par un besoin de paix.

C’était trop.

"Et d’avouer, je pense que vous comprendrez, de ce qui est encore dans mon silence, la raison des difficultés qu’il y a de dire. Ce ne sont pas nos souvenirs qui nous ont marquées, mais la connaissance de la puissance de destruction des forces du mal et de la volonté organisée et systématique d’esprits diaboliques usant de toute leur malice pour anéantir l’être humain par une dégradation physique et une déchéance morale. Cette connaissance est au cœur du vrai contenu de mon faux silence".

Les moments de passage de la jeune-fille libre à la jeune-femme éprouvée, nous n’en voyons que le décor. L’éducation reçue de ses parents lui a appris à maîtriser ses sentiments.  

"Et ce n’est qu’après avoir tu les cauchemars de la nuit, apaisé ses tremblements, que le temps fut venu de libérer les notes que je tenais enfermées. Je savais qu’il était de notre devoir de garder la flamme de nos souvenirs. Mais cette flamme était si sacrée que, pendant longtemps, je brûlais avec elle ; dans le silence".

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Institution : © Arch. Famille de Gerlache de Gomery-van Oost.
Droits d'auteur : Droits réservés
Légende d'origine : Lily van Oost 21 ans Dessin réalisé, en décembre 1944, par Aat Breur-Hibma, résistante hollandaise, au Revier* du camp de Ravensbrück, à la demande du Dr Haidi Hautval, alsacienne.Ce portrait devait servir de souvenir pour mes parents en cas de décès.

Retour d’un autre monde

Le 29 juin 1945, Lily van Oost est de retour au pays. Ses mots sont glaçants : "Mon Dieu, mon père et ma mère, avez-vous vu mon air d’enfant vieillard dans le brouillard, chargé de toutes les poussières de la misère d’un temps de terreur et d’un camp d’horreurs". Aucun mot, aucune image ne peut décrire Ravensbrück. 

Il lui faudra attendre, attendre et encore attendre....

Le Faux Silence s’inscrit dans la lignée des témoignages des Dames de Ravensbrück. Tous différents. Chaque temps de déportation est un moment unique ; et tout est drame. 

Lily van Oost choisit d’alterner expression poétique et langue cursive. En scandant différemment les phrases, elle apaise la respiration, toute en émotion. Elle donne à voir la violence des regards, des coups et du mépris, dans l’acharnement à anéantir l’être humain.

Son récit est fait de portraits successifs de ses compagnes de misère. De la petite gitane à Jenny, la parachutiste algérienne ; de l’enfant juif à Jeanne la communiste ; de la folle, -une jeune polonaise-, à toutes ses compatriotes, mères et filles pour beaucoup.  Ne pas les oublier, dire leur fatalité, garder leur amitié. Même frappée par le paratyphus, c’est la compétence, l’efficacité et l’humanité de celles qui l’ont soignée que Lily met en évidence. Elle évoquera, entre autre, le Dr Haidi Hautval, déportée d’Alsace à Auschwitz, parce qu’ « amie des Juifs ». Celle-ci s’était retrouvée dans l’équipe de Mengele qu’elle refuse de suivre dans ses « expériences médicales ». Envoyée au Revier de Ravensbrück, elle gagne une certaine indépendance parce qu’elle mettait de l’ordre là où elle passait.

Le tableau final du récit de déportation  de Lily van Oost s’ouvre sur une scène inattendue. Celle de trois jeunes-filles, ivres par l’espoir fou de revivre ; un trio crevotant et titubant, se donnant le bras pour marcher au pas. Mes chères amies de vingt ans, Boule et Coccinelle, à nous trois, nous passons une porte à l’Ouest, et gagnons la liberté.

C’est dans la nuit du 23 au 24 avril, que Lily quitte Ravensbrück.  Elle et quelque 1500 prisonnières belges, françaises et hollandaises. Elles sont conduites, en camion, à Malmö, en Suède, suite à un accord entre le Comte Folke Bernadotte, président du Comité international de la Croix-Rouge, et Himmler désireux de se rapprocher des Alliés occidentaux, à l’insu d’Hitler.

Parmi les portraits  des Dames qui parsèment le Faux Silence, on retrouve : Madeleine d’Alcantara ; Claire Van Den Boom  née Martchouk et sa fille, Lilya Blume née Van Den Boom (Boule); Georgette Broget née Desmildt ; Jeanne Divoire née Koch ;  Eugénie Djendi-Silvani ; Tatiana de Fleurieu ;  Yvonne Gosseries née Forneville ; Simone de Groo née Moulin ; Marguerite Haus née De Puydt et sa fille Heliana Haus ; Haidi Hautval ; Jeanne Jordens née Dekkers ; Denise Lauvergnat ; Jeanine Lejard ; Marguerite Mélot née Verhaegen et ses filles Madeleine, Claire et Suzanne Mélot ; Anne-Marie Robeyns née Janssens ; Hida Sevens née Daneels ; Marthe Tenzer (Coccinnelle); Jeanne d’Ursel née Lejeune de Schrievel ; Yvonne Valcke née de Schreevel ; Marianna de Vaulx-Champion née Poswick ; Emerantine van Vlemmeren née de Bock.

Les parents de Lily attendent son retour pour se réinstaller de Gand à Huysse.  Sa maman, meurtrie du décès d’Henri,  obtient de lui  faire parvenir, deux, trois lettres  à la fin juin 1945.  

« Lily, mon enfant bien-aimée,  lui écrit-elle, mon cœur se serre à la pensée de tout ce que tu as souffert. Mais c’est fini ; c’est de l’histoire passée. Nos angoisses à ton sujet se terminent ».

Il reste l’absence d’Henri, mon frère, le héros, un ami.

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Institution : © Arch. Famille de Gerlache de Gomery-van Oost
Droits d'auteur : Droits réservés
Légende d'origine : 29 juin 1945, Lily van Oost est de retour de déportation, rue Basse des Champs à Gand

Un kaléidoscope

Le 27 août 1946, Lily van Oost épouse le baron Gaston de Gerlache de Gomery, (1919-2006), résistant de la première heure dans le réseau Luc-Marc et ensuite, pilote à la RAF. Comme son père Adrien de Gerlache, il explore les routes de l’Antarctique dès 1954. Ce mariage suivi de la naissance de cinq enfants lui apporte une vraie quiétude.

Le jardin de Huysse dans lequel elle avait grandi auprès d’un père « jardinier » et amoureux de ses roses, renvoie Lily à un moment partagé au camp avec Suzanne Mélot. Celle-ci ne lui avait-elle pas appris, au « commando » en forêt, à vibrer à la beauté des racines de sapin, au parfum de résine, à la force de la sève ? Vaincre la laideur du mal par la recherche du Beau.

Cette recherche du Beau, Lily de Gerlache la cultive avec son père Georges van Oost. Lui qui, en 1926 avait créé la Société Royale Nationale, Les Amis de la Rose, qu’elle reprendra peu de temps après son décès. De la rose, Lily en fait un combat pour la vie. C’est la rose qui, en quelque sorte m’a sauvée, dira-t-elle. La rose c’est la victoire de l’Amour et de la Beauté. Ma victoire sur Ravensbrück. Et, en 1968, Lily de Gerlache sera la Présidente fondatrice de la World Federation of Rose Societies, présente aujourd’hui, dans quarante pays de tous les continents. 

Une Rose n’a pas de frontières pour parler le langage de la Paix.

Succédant à son époux, Gaston de Gerlache, elle est, de 1970 à 1976, la dernière bourgmestre de Mullem. Engagée dans le dossier de la fusion des communes, elle veille à ce que l’entité de Mullem soit annexée dans son entièreté à Oudenaarde. Etroitement impliquée dans la vie du village, elle est par exemple, la cheville ouvrière des Valiezenkoers, une animation toujours inscrite dans l’agenda de Mullem.

L’engagement des femmes contre le nazisme, reste présent en elle. Avec le Dr Adrienne Gommers, elles construisent le projet de l’installation d’un espace mémoriel, en Belgique, dédié aux dames combattantes pour la paix. Il aura fallu attendre 55 ans. Cet espace, unique en Europe, a été conçu et réalisé par la sculptrice Thérèse Chotteau. Accueilli par la commune de Woluwe St-Lambert à Bruxelles, dans le parc Georges Henri, il est inauguré par la reine Paola, le 18 octobre 2000.

A l’initiative de l’échevine de l’enseignement, Monique Louis, le site est devenu un lieu de rencontres intergénérationnelles. Un lieu où fleurissent les roses.

En octobre 2014, la flamme patriotique de Lily de Gerlache, toujours brûlante, l’amène à s’insurger contre les dires nationalistes d’aucun : La collaboration est aussi un crime, parce qu'on trahissait son pays. Les jeunes doivent connaître l'Histoire. Il faut les mettre en garde contre les racismes intégrés dans certains partis politiques. Il faut leur rappeler le passé, refuser toute forme d'oubli, d'amnésie et d'amnistie générale. Il faut oser aller à contre-courant, au nom des valeurs humanistes. Il n’en fallait pas plus pour être reconnue citoyenne d’honneur de la commune de Woluwe-St-Lambert.

Et les notes se sont libérées

Tel a été le silence sacré de la baronne Lily de Gerlache de Gomery née van Oost. Elle s’est éteinte paisiblement, entourée des siens, au Château de l’Ast, le 1er mars 2020.

Une féminité empreinte d’intelligence et d’élégance. 

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Institution : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Bruxelles_-_Parc_Georges_Henri_-_monument_Ravensbr%C3%BCck_2019-07-24.jpg
Légende d'origine : Monument Ravensbrück - Parc Georges Henri

Bibliographie

Lily DE GERLACHE DE GOMERY, Le Faux Silence, Mullem, 1974.

Baron Bernard DE GERLACHE DE GOMERY, Le Faux Silence, 2è éd., Mullem,  2010.

Lily DE GERLACHE, Notes mss, Arch. Famille de Gerlache de Gomery née van Oost, remises par Henrianne de Briey et Bernard de Gerlache de Gomery, représentants de la famille ; juillet 2020.

Dossiers VAN OOST Anne-Marie, PP n°38026., n°81130. Service des Victimes de Guerre, AGR.

Dossier VAN OOST Anne-Marie, n° II/ 300/ 093. AS 368. Centre de Documentation historique des Forces armées. Belgique. Evere, AS.

Dossier VAN OOST Anne-Marie ép. de Gerlache de Gomery, n° 31552/68. AGR, Commission de Reconnaissance nationale.

Interview de Johannes BLUM, 19 juillet 2013.

Rencontre avec Romane CARMON, dans le cadre d’un Master en Histoire, UCL, 22 juin 2017.

Témoignages de membres de la famille, fils, fille et petite-fille, juillet 2020 (Bernard DE GERLACHE DE GOMERY, Henrianne DE BRIEY née DE GERLACHE DE GOMERY, Anne-Claire DE BRIEY, petite-fille de Lily DE GERLACHE.

Témoignages de Maria LIEM, éclaireuse avec Lily van Oost au clan du Froment de Gand, et de Sophie WITTEMANS, présidente du Centre Historique Belge du Scoutisme et conseillère à la Commission Art au Sénat ; juin 2020.

Témoignage de Christiane FLAMANT, voisine à Mariakerke-lez-Gand. Les parents et la famille sont liés à la famille DE GERLACHE DE GOMERY- VAN OOST ; août 2020.

Etienne DE MONTETY, Lily de Gerlache, une rose à Ravensbrück, Le Figaro, 26 05 2015.

Etienne DE MONTETY, Lily de Gerlache de Gomery, résistante et déportée, Le Figaro, 05 03 2020.

Etienne DE MONTETY, Baronne Gaston de Gerlache de Gomery, née Anne-Marie (Lily) van Oost, ANRB, n° 303, juil. 2020, p. 91 et sv.  

Marie-Pierre D’UDEKEM D’ACOZ, Pour le Roi et la Patrie. La noblesse belge dans la Résistance, Racine, Bruxelles, 2003.

Marie-Pierre D’UDEKEM D’ACOZ, De verzetsactiviteiten van de familie van Oost, Bulletin de l ’Association de la Noblesse du Royaume de Belgique  (ANRB), n°303, juillet 2020, p. 94 et sv.

Georges HAUPTMANN, Lily Gerlache de Gomery, résistante, rescapée du camp de Ravensbrück, 10 06 2020. Voir : http://www.cercleshoah.org/spip.php?article821

Claire PAHAUT, Il y a 75 ans. La Libération du camp de Ravensbrück. Voir : https://www.cegesoma.be/fr/il-y-75-ans-la-libération-de-ravensbrück

Marc VERSCHOORIS, Attendre la lune de mai, les combattants de l’ombre, Albert Deweer, Albert Mélot, Albert Wouters, Taille au Vivier, 2019.

Voir aussi

27948.jpg Articles Résistance Maerten Fabrice
28027 Articles Femmes dans la résistance Maerten Fabrice