Belgique en guerre / Personnalités

Leo Vindevogel

Thème - Collaboration

Auteur : Wouters Nico (Institution : CegeSoma)

Bourgmestre de guerre de Renaix, Leo Vindevogel (1888-1945) est le seul parlementaire à avoir été exécuté pour faits de collaboration après la Libération. Il est représentatif d’une génération catholique de l’entre-deux-guerres tiraillée entre un flamingantisme social, une aspiration au pouvoir politique et un dirigisme autoritaire et anti-démocratique. 

Un flamingant membre du Mouvement ouvrier chrétien



Après des études à l’école normale épiscopale de Saint-Nicolas, Leo Vindevogel s’engage au sein de la Ligue populaire chrétienne de Renaix qui fait partie du Mouvement ouvrier chrétien. Il se profile comme flamingant dans cette commune de Flandre orientale située le long de la frontière linguistique où le patronat industriel francophone est puissant. Volontaire de guerre (1914), il évolue durant le conflit vers des conceptions pro-allemandes et anti-belges sans toutefois être impliqué ni dans l’activisme ni dans le Frontbeweging.






En 1919, il refuse de s’engager au sein du Frontpartij et se présente sur la liste catholique à la Chambre. Il n’est cependant pas élu. La bourgeoisie catholique francophone crée, en avril 1920, l’Association catholique Patria dont l’une des personnalités phare est Henri Lagache. La carrière politique de Vindevogel se dessine sur fond de luttes internes entre catholiques avec cette aile conservatrice, souvent francophone. De 1921 à 1926, Vindevogel est échevin de l’Enseignement après s’être présenté sur une liste catholique unitaire. La lutte interne permanente entre catholiques offre la majorité absolue aux socialistes en 1926. Eugène Soudan (1880-1960) devient bourgmestre de Renaix et le restera – la période de la Seconde Guerre mondiale exceptée – jusqu’en 1958. En 1925, Vindevogel est élu député de l’arrondissement d’Audenaerde. Un an plus tard, il crée à Renaix le « Vlaamsche Volkspartij », une formation catholique locale. En 1929, il est réélu au Parlement sur une liste de coalition avec les nationalistes flamands. Il soutient le programme flamand minimum et siège comme indépendant au sein du groupe nationaliste à la Chambre mais il le quitte le 17 mai 1932. 

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Institution : Wikipedia
Légende d'origine : Maison natale de Leo Vindevogel - Petegemplein - Petegem-aan-de-Schelde - Wortegem-Petegem - Flandre orientale - Belgique
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Institution : KBR
Légende d'origine : De Standaard, 1er mai 1925

Une personnalité catholique singulière

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Institution : KBR
Légende d'origine : Volk en Staat 29 août 1938

Vindevogel conduit la liste catholique en 1936 et lors des élections anticipées de 1939. Dans le conflit qui oppose le flamingant Gustave Sap (propriétaire du Standaard) et Paul van Zeeland (Premier ministre de 1935 à 1937), il choisit le camp de Sap contre l’establishment du parti. En 1938, Vindevogel est exclu de l’Algemeen Christelijk Werknemersverbond après un incident qu’il a sans doute lui-même provoqué. Il s’oppose à la Vlaamse Concentratie (1936), souhaitant que l’élargissement se fasse au sein même du parti catholique. C’est également un leader d’opinion à la plume acérée dans le journal local ‘t Volk van Ronse (qui devient, à partir de 1937, ‘t Volk van Ronse en Oudenaarde) et dans De Standaard à partir de 1935. Si Vindevogel a une sensibilité sociale et dispose d’une puissante base électorale, son attitude singulière et parfois autoritaire  a un impact en termes de polarisation. Stratégiquement, il se place entre les nationalistes et les catholiques. Il semble parfois rechercher le conflit par stratégie. Il est résolument hostile au français, tout en étant antisocialiste et anticommuniste. Il se profile nettement en opposition à l’égard du gouvernement d’union nationale de Paul van Zeeland. Dans les années 30, il aspire à des réformes plus autoritaires, une attitude qui n’est en rien une exception. Néanmoins, ce qui frappe, c’est son attachement à l’Allemagne, qui remonte à la Première Guerre mondiale. S’y ajoute, après 1933, une admiration prononcée à l’égard d’Adolf Hitler. Ce faisant, il s’isole au sein du mouvement ouvrier chrétien. Il rédige des contributions antisémites dès avant 1940 tout en récusant la culture de la violence prônée par les nazis à l’encontre des Juifs.

Bourgmestre de guerre de Renaix

Après mai 1940, Vindevogel comble le vide politique local qui résulte de l’abandon de poste d’Eugène Soudan. A partir du conseil communal, il s’investit dans le ravitaillement et le rapatriement des réfugiés (juin-juillet 1940). Il se montre d’emblée ouvertement pro-allemand et exprime sa confiance en Hitler. Vindevogel est l’un des quelque cent septante-cinq signataires de l’appel du VNV en vue de la constitution d’un « Vlaamse Volksbeweging » (« Mouvement populaire flamand »). Le 2 janvier 1941, sa nomination en tant que bourgmestre consolide sa position sur le plan local. En 1942, il adhère à la DeVlag.

Il devient la personnalité centrale des réseaux locaux de collaboration. Dans ses contributions publiées dans la presse censurée, il soutient le recrutement pour le front de l’est, le travail obligatoire et la victoire des Allemands. Il recrute des agents auxiliaires de collaboration et congédie notamment le secrétaire communal, Robert Delobel, président du Front de l’Indépendance local. Il entretient de véritables contacts avec l’administration et les services d’ordre allemands, signalant notamment des opposants politiques et des trafiquants. Lorsqu’en août 1943, il formule des critiques sur la situation militaire, la Kreiskommandantur d’Alost-Audenaerde et l’Oberfeldkommandantur de Flandre orientale se portent garants de sa fidélité. La Feldgendarmerie a son bureau au sein même de l’hôtel de ville, à côté du bureau de Vindevogel. Durant un an et demi, il invite « à la demande de la Feldgendarmerie » des habitants qui sont parfois arrêtés. Il envoie également une série d’invitations à se présenter sans indiquer la mention Feldgendarmerie amenant ainsi des habitants à tomber dans le piège.

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Institution : KBR
Légende d'origine : Volk en Staat, 7 janvier 1941

De l’escalade à la condamnation (1943-1945)

Le 13 octobre 1943, un attentat à la bombe vise le domicile de Vindevogel. Il n’entraîne que des dégâts matériels. Les coupables ne seront jamais retrouvés. En représailles, l’occupant crée une garde imposée. Il s’agit là d’une réaction classique mais son application stricte entraîne une escalade des tensions sur le plan local. A l’aube du 24 décembre 1943, Vindevogel essuie des tirs sur le chemin de l’hôtel de ville. Il est touché de quatre balles mais survit miraculeusement. Les coupables ne seront jamais officiellement identifiés.

Vindevogel reprend son poste le 11 janvier 1944. Les Allemands lancent l’appareil répressif. Vindevogel est en contact étroit avec les services allemands et soutient davantage l’enquête allemande que l’enquête judiciaire belge. Dans un vaste périmètre, la Sipo-SD démantèle plusieurs réseaux de résistance, notamment par le biais d’une infiltration par le résistant Gerard Philippe (issu du réseau Socrate) qui craque sous la pression allemande. A partir de mars 1944, s’en suivent de grandes vagues d’arrestations qui touchent le Front de l’Indépendance, les Milices patriotiques et, surtout, l’Armée secrète. Dans la nuit du 25 au 26 août 1944, une trentaine de d’habitants de Renaix sont déportés à l’issue d’une rafle perpétrée par les Allemands.

Les 26-27 août 1944 paraît l’ultime numéro de ‘t Volk van Ronse en Oudenaarde. Vindevogel y défend une dernière fois son attitude politique, se référant aux affinités de peuple et de race entre Flamands et Allemands. Le 2 septembre 1944, son épouse et les enfants qui n’étaient pas encore en Allemagne, sont évacués. Le lendemain, Vindevogel se rend à la gendarmerie de Renaix.

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Institution : Cegesoma
Collection : Propaganda Abteilung
Légende d'origine : Au bureau d'enrôlement de Renaix, la remise des contrats de travail. 16/5/1941]

Exécution et représentations

Vindevogel est inculpé de collaboration politique, de collaboration économique, de collaboration militaire et de dénonciation. Le Conseil de guerre de Gand le condamne le 16 mars 1945 à la détention à perpétuité. Après appel, la sentence est alourdie puisque le Conseil de Guerre de Gand le condamne à la peine de mort. Le 23 mai, la deuxième chambre de la Cour de Cassation rejette la demande d’annulation. Le 4 juin, l’avocat de Vindevogel, Antoine Dhooge, introduit un recours en grâce. Après un avis négatif de l’auditeur général et la proposition de décision négative du ministre Marcel Grégoire, le régent confirme le rejet de cette demande le 24 août. Le 25 septembre 1945, Vindevogel est fusillé dans la cour de la prison de Gand, « De Nieuwe Wandeling ». Après sa mort, il devient, en tant que martyr, l’un des symboles les plus iconiques de la représentation de la répression perçue comme une politique anti-flamande.

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Bibliographie

Nico Wouters, "De zaak Vindevogel: historische waarheid en beeldvorming over de repressie in Vlaanderen" in BTNG-RBHC, L, 2020, , pp. 96-132.

Voir aussi

12577.jpg Articles Ordre nouveau De Wever Bruno
163793.jpg Articles Justice militaire - répression Rousseaux Xavier
163793.jpg Articles Répression Aerts Koen
nieuwsblad-26-9-1945-dAtail.jpg Articles Vindevogel : un assassinat judiciaire ? Wouters Nico