Belgique en guerre / Personnalités

William Ugeux

Thème - Résistance

Auteur : Maerten Fabrice (Institution : CegeSoma)

Tour à tour directeur de journal, grand résistant, serviteur de l’État et enseignant, le catholique William Ugeux (1909-1997) a marqué le 20e siècle par son dynamisme et son esprit d’ouverture.

Un jeune intellectuel au service de la presse catholique

Né dans une famille de la bourgeoisie catholique - il est l’aîné de sept enfants - , William Ugeux dirige, de 1928 à 1932, la feuille estudiantine L’Universitaire catholique. À partir de 1930, il préside, pour la Belgique francophone, la Jeunesse universitaire catholique, née dans le cadre de l’Action catholique, mouvement impulsé par le Vatican au début des années 1920 dans le but de rechristianiser la société.

Après ses études de droit achevées en 1932, William Ugeux s’inscrit au barreau comme jeune stagiaire. Mais il n’a guère l’occasion de plaider, puisqu’en juillet 1935, soit quatre mois à peine après avoir repris le cabinet d’un avocat bruxellois, il abandonne ce métier pour assumer, à la demande de hauts responsables catholiques, la direction du quotidien bruxellois Le Vingtième Siècle. Il est à la tête du journal jusqu’au 15 mai 1940, date à laquelle ce dernier cesse de paraître.

xxe-siAcle-26-mai-1936.jpg
Institution : KBR
Légende d'origine : Le Vingtième Siècle, 26 mai 1936

Une figure majeure des réseaux de renseignements au temps de l’Occupation

soma_bg301_1941-05_01_003-00001.jpg

Parti en exode dans le sud-ouest de la France avec ses parents et son épouse Andréa Vercruysse, William Ugeux rentre en Belgique le 5 août 1940. Devenu professeur de droit à l’Institut supérieur du commerce et de la finance, il est recruté à l’automne 1940 par Fernand Kerkhofs, le fondateur du service de renseignements « Zéro », pour récolter des informations utiles aux Alliés. En outre, dès l’hiver de la même année, il contribue à l’évacuation vers la France non occupée de soldats écossais bloqués en Belgique après la retraite de Dunkerque.

Devenu la doublure de Kerkhofs, Ugeux aide ce dernier à fuir le pays pour gagner l’Angleterre en octobre 1941 grâce à des contacts noués avec un groupe franco-belge de Roubaix. À la suite de ce départ, Ugeux, qui a dû se réfugier dans la clandestinité, devient le deuxième chef de Zéro. Il assume aussi peu après la direction d’un des principaux journaux clandestins du pays, La Libre Belgique.

En juin 1942, il part lui-même à Londres avec son épouse pour améliorer les liens entre les réseaux sur le terrain et les services belges et britanniques en Grande-Bretagne. Parvenu dans la capitale anglaise au début du mois d’août, il est déposé par avion dès le 24 du même mois en France non occupée. Sa mission, couronnée de succès : fonder dans le sud de la France le Poste de commandement belge, destiné à centraliser les courriers de la plupart des réseaux belges pour les transmettre le plus rapidement et le plus efficacement possible aux organismes compétents en Angleterre.

Menacé d’arrestation, Ugeux quitte la France le 27 mars 1943. Arrivé en Grande-Bretagne le 21 avril, il devient à partir de la mi-juin directeur général du Renseignement et de l’Action à la Sûreté de l’État, un poste qui lui permet de superviser tous les réseaux belges en territoire occupé.

Une carrière avortée comme directeur de presse

En juin 1944, Ugeux est en outre nommé à la tête de la mission Information de la 2e section (Civil Affairs) de la Mission militaire belge alors créée auprès du commandement allié en vue de la reprise en mains du pays à la Libération. Dès le 5 septembre 1944, soit le lendemain de son retour en Belgique, il officie à ce titre sur le terrain. Intégrée entre février et juin 1945 à l’éphémère ministère de l’Information alors mis sur pied, la mission Information prend fin le 15 septembre 1945..  Dès lors Ugeux a les mains libres pour assumer la responsabilité du quotidien La Cité nouvelle, repris en septembre 1944 par les dirigeants de l’Union démocratique belge (UDB), un nouveau mouvement formé essentiellement de chrétiens progressistes auquel Ugeux adhère totalement. Mais la débâcle de l’UDB aux élections législatives de février 1946 sonne le glas du journal qui disparaît le 31 juillet 1947. 

Après l’échec de La Cité nouvelle, Ugeux se réinscrit au barreau, participe au groupe de réflexion catholique La Relève et collabore à La Revue nouvelle, avant de se voir approcher par les responsables francophones du Mouvement ouvrier chrétien qui désirent lancer un quotidien. C’est chose faite en octobre 1950 avec la naissance de La Cité, dont Ugeux devient le premier directeur. Il démissionne de ce poste le 1er octobre 1954. Il est, selon ses dires, poussé à ce geste par les principaux pourvoyeurs financiers du quotidien, les syndicats chrétiens flamands, qui ne supportent pas la stigmatisation par le journal du flamingantisme de certains compatriotes du nord du pays. 

la-citA-nouvelle-23-12-1946.jpg
Institution : KBR
Légende d'origine : La Cité nouvelle, 23 décembre 1945

Propagandiste de l’État et enseignant

L’année suivante, Ugeux est appelé par le ministre des Colonies, le libéral Auguste Buisseret, que le service "Zéro" avait aidé à passer à Londres en 1942, à créer et diriger Inforcongo, un organisme de propagande officielle chargé de revaloriser l’image de la Belgique coloniale sur le plan national et international. Après la dissolution de l’organisme consécutive à l’indépendance du Congo, Ugeux parvient à convaincre Pierre Wigny, alors ministre catholique des Affaires étrangères, de lui confier la mise sur pied d’un organisme d’information officielle destiné à mettre en valeur la Belgique. C’est ainsi que naît en 1961 l’Institut belge d’information et de documentation (Inbel), dont William Ugeux prend la tête jusqu’à sa retraite en 1975.

En outre, de 1955 à 1979, ce dernier s’investit à l’Université catholique de Louvain : il y donne un cours de droit et de déontologie de l’information, y anime des séminaires de journalisme et y patronne l’enseignement en relations publiques. Enfin, William Ugeux est aussi l’auteur de plusieurs publications sur les relations publiques, le monde de l’information et la Résistance. À ce dernier propos, il publie notamment des souvenirs de la clandestinité et surtout une histoire du Groupe G qui sert toujours aujourd’hui de référence en la matière.

109890-ugeux.jpg
Institution : CegeSoma
Droits d'auteur : Droits réservés
Légende d'origine : Wiliam Ugeux, s.d.

Bibliographie

Balteau, Bernard, William Ugeux. Un témoin du siècle, Bruxelles : Ed. Racine, 1997

Voir aussi

27948.jpg Articles Résistance Maerten Fabrice