Belgien im Krieg / Artikel

Phalange (La)

Thema - Widerstand

Verfasser : Colignon Alain (Institution : CegeSoma)

« La Phalange » est un mouvement fondé par le comte François Xavier de Hemricourt de Grunne -major de réserve au 5ème Chasseurs ardennais et sénateur rexiste. Très critique vis-à-vis des institutions démocratiques, très hostile aux Britanniques, son patriotisme l’empêche néanmoins de basculer dans la collaboration. Certains membres du mouvement se retrouvent d’ailleurs dans la résistance.

Empêcher le retour des « fuyards » de mai 1940

A l’origine de sa création, il y a l’appel « Aux camarades qui ont combattu » publié dans Le Soir (paraissant sous la censure de l’occupant ! ) du 22 juin 1940. Xavier de Grunne, ancien combattant de la Grande Guerre, de la «Campagne des 18 Jours »… et « tête folle » en politique. Par cet appel, réitéré le 12 juillet dans le même quotidien, son objectif était de constituer une « Phalange », un terme très à la mode dans les milieux catholiques européens tentés par les idées autoritaires et/ou fascisantes, à l’instar de ce qui se faisait en Espagne. Son appel s’adressait surtout à des éléments qui avaient pleinement fait leur devoir du 10 au 28 mai 1940. Son but : empêcher le retour des « fuyards », gouvernement Pierlot en tête, coupables d’avoir abandonné le pays et insulté le Roi à Limoges, peu après la capitulation de l’armée belge.

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Institution : KBR
Legende des Ursprungs : Le Soir, 22/6/1940.

L’exaltation de valeurs traditionnelles

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Institution : CegeSoma
Urheberrecht : D.R.
Legende des Ursprungs : François Xavier de Hemricourt de Grunne

Tout en donnant dans un antiparlementarisme virulent, à l’aune du temps, de Grunne souhaitait s’appuyer d’abord sur les jeunes anciens combattants afin de sauvegarder « les caractères fondamentaux de notre peuple », c’est-à-dire le culte des sentiments chrétiens « ou issus du christianisme », les valeurs familiales, la fidélité au Souverain, etc., etc…Tout en exaltant les valeurs traditionnelle et en voulant incontestablement sauver une certaine nation belge délivrée de ses politiciens traditionnels, il s’appliquait également à renvoyer dos-à-dos les garants britanniques de l’indépendance de la Belgique et les Allemands qui l’avaient attaquée. En outre, redoutant aussi bien le nationalisme-flamand séparatiste que les risques de subversion sociale inspirée par Moscou, il ne lui aurait pas déplu de voir sa jeune organisation jouer le rôle d’une force de maintien de l’ordre lors du départ des Allemands, à l’issue d’une « paix séparée » avec la Grande-Bretagne et dans le cadre d’une Belgique rétablie dans son indépendance.

Rien de bien original vu les idées circulant dans les milieux de la droite catholique de cette époque. Son principal tort a sans doute été de se cramponner à sa méfiance envers les Anglais et de n’en pas démordre, alors que la conjoncture géostratégique se modifiait au fil du conflit…et au détriment de l’Allemagne.

Un recrutement très sélectif

Telle quelle, la Phalange s’est mise à recruter parmi les fraternelles régimentaires, et surtout parmi les « unités montées », cavalerie et artillerie, dont les cadres comprenaient bon nombre d’éléments issus de l’aristocratie. Dans la région de Mons, les frères Maxime et Charles Tercelin de Joigny de Pamele se rallient avec fougue. Roger Moeremans d’Emaus devient en septembre 1940 le secrétaire général du mouvement. Dans les environs de Courtrai-Ingelmunster, on voit apparaître en peu de semaines un fort noyau de « phalangistes » grâce à l’initiative du capitaine-commandant (de réserve), Jacques Descantons de Montblanc. Au fil des semaines, Liège et Bruxelles constituent les bastions (relatifs) de la Phalange de de Grunne, mais elle peine globalement à s’implanter, peut-être parce que l’anglophobie pointue dont témoigne son fondateur prend l’opinion à rebrousse-poil.

Un rapprochement avec l’Armée belge reconstituée

Dès le mois de novembre 1940, la Phalange comptant alors plus ou moins 1100 adhérents, de Grunne entreprend de se rapprocher de l’ «  Armée belge reconstituée »  de Robert Lentz, qui partage grosso-modo les mêmes objectifs, la virulence anti-britannique en moins et la germanophobie en plus. Après de longs mois de discussions et d’hésitations, un accord est conclu  en mars 1941. Il se traduit en juillet de la même année par une absorption pure et simple des « phalangistes » au sein l’organisation de Lentz. Xavier de Grunne n’y reste pas longtemps. Son attentisme et ses sentiments anti-anglais persistants passent de moins en moins bien dans ces milieux. Le point de rupture est atteint en août, avec la large  diffusion par ses soins d’une brochure issue de sa plume, La Belgique loyale . Rédigée en avril-mai, il continue de défendre l’idée d’une Belgique neutre, entre le bloc anglais et le bloc allemand, et il s’applique de surcroît à ménager certaines personnalités évoluant dans les eaux d’une certaine collaboration « modérée ». En août 1941, cette position est devenue  parfaitement inopportune, même dans les rangs de la résistance « de droite ». Xavier de Grunne est dès exclu de la Légion belge.

La Phalange disparaît. Son fondateur malheureux continue néanmoins à s’agiter dans l’ombre, se mêlant de réunir des armes pour un éventuel « Regroupement des Grenadiers » destinés encore une fois à maintenir l’ordre contre les subversifs de toute nature au départ des Allemands. Ceux-ci, méfiants, finissent par l’appréhender avec plusieurs de ses amis le 4 août 1942. Incarcéré dans les prisons de Saint-Gilles puis de Bochum (Allemagne), il passe en procès entre les 27 et 31 mai 1943. Acquitté des charges qui pèsent contre lui, il n’est toutefois pas relâché, les nazis se méfiant de son activisme brouillon. Transféré au camp de concentration de Sachsenhausen puis dans celui de Gross-Strehlitz, il y meurt de pleurésie le 4 juin  1944.

Bibliographie

Francis Balace & Colette Dupont, « Les "Anciens" et le Roi : facteurs de cohésion et de divergence 1945-1950 » in Cahiers/Bijdragen, IX, 1985, 1 https://www.journalbelgianhist...

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