Belgien im Krieg / Artikel

Position fortifiée de Namur: un combat inutile?

Verfasser : Colignon Alain (Institution : CegeSoma)

La petite sœur de la Position fortifiée de Liège

Dans l’historiographie militaire belge relative aux deux guerres mondiales, la « Position Fortifiée de Namur » (« P.F.N. ») fait office de « petite sœur » méconnue et un peu oubliée de la « Position Fortifiée de Liège ». Les enjeux stratégiques y ont pesé moins lourdement vu la disposition géographique. En effet,  les armées allemandes, venant de l’Est,  passent nécessairement par Liège avant de s’en prendre à Namur. A ce niveau, mai 1940 ne se distingue pas fondamentalement d’août 1914 : même comportement honorable dans la défense des forts…et même oubli  après la bataille, ou à peu près.

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Institution : CegeSoma
Sammlung : Actualit
Urheberrecht : CegeSoma
Legende des Ursprungs : Chasseurs cyclistes en manoeuvre. mars 1936

Une position mal renforcée…

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Institution : CegeSoma
Urheberrecht : CegeSoma
Legende des Ursprungs : Pour les grandes manœuvres dans les environs de Namur, où le roi sera présent, les pontonniers du génie ont construit un très important pont de bateaux de 16 tonnes près de Beez. Les régiments traversant le pont, 26 octobre 1937

Pourtant, la place forte en tant que telle revient de loin. Malgré la belle résistance de ses 9 forts de type « Brialmont » jusqu’au 24 août 1914, elle paraît obsolète après la Grande Guerre. Elle se voit d’ailleurs officiellement supprimée en 1924…avant d’être réactivée lorsqu’en 1926 le général Galet succéda au général Maglinse. Mais elle ne l’a été que sur le mode mineur. Dans les années ’30, alors que la « Position Fortifiée de Liège » bénéficie d’une extension considérable, Namur doit se contenter de la rénovation de 7 de ses anciens forts; Emines et Cognelée étant transformés en simples dépôts de munitions. Alors que l’armement s’est amélioré avec l’apparition de pièces de 75mm à grande portée (15 km), la vieille citadelle est reconditionnée pour accueillir en novembre 1939 le VIIème Corps d’Armée du général Deffontaine. Ainsi, au Régiment de Forteresse de Namur (constitué en 1932) viennent s’ajouter, pour la défense, la 8ème Division d’infanterie et la 2ème Division de Chasseurs ardennais. Hélas, si la place est désormais bien garnie, la structure des forts et leurs capacités de résistance aux impacts de l’aviation de bombardement ne sont que relativement peu renforcées. La défense anti-avions se limite ainsi à quelques vieilles mitrailleuses anti-aériennes. Pire : le 10 mai 1940, la défense  nord de la position est toujours incomplète ; la modernisation des forts d’Emines et de Cognelée se fait toujours attendre. Il en résulte une faiblesse patente dans le dispositif  entre les forts de Marchovelette  (à la rénovation inachevée) et de Suarlée. Pour le reste, 156 abris de divers types ont été implantés dans les intervalles des forts ainsi que sur la rive nord de la Meuse.

Comme en 1914 ?

Lors du déclenchement des hostilités, Namur va se retrouver, sans le savoir, à la périphérie des deux axes d’invasion, entre la poussée allemande dans le Brabant wallon (bataille de Gembloux) et le franchissement de la Meuse sur la passerelle de l’écluse de Houx, non loin de Dinant. La ville elle-même est copieusement bombardée dès le 12 mai, sans pourtant être vraiment prise d’assaut. Suite à la débandade française dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, le général Deffontaine entame le 15 mai, à 7 heures du matin, la retraite de son Corps d’Armée.  A la fin de la journée, il ne reste que les garnisons des forts (au total, 2000 hommes) pour sauver l’honneur tandis que la ville se vide de ses habitants. Les premières positions à subir le feu de la VIème armée allemande sont celles du nord, et précisément  Marchovelette et Suarlée, qui capituleront respectivement les 18 et 19 mai malgré la solidarité des forts voisins. Les forts du sud sont progressivement démolis par l’action conjuguée des Stukas et de l’artillerie. Ils sont peu à peu privés de leurs moyens défensifs et peinent, comme en 1914, à évacuer les gaz provenant des tirs de leurs canons. Les uns après les autres, ils doivent se résigner à mettre bas les armes. Le 21 mai, Saint-Héribert et Malonne cessent le combat ; Andoy et Maizeret les imitent le 23. Et le 24 mai, ce sera au tour du fort de Dave, le dernier à rendre les armes. 

Bibliographie

Jacques VANDENBROUCKE, La position fortifiée de Namur en 1914 et 1940 : un lieu de mémoire aux oubliettes de l’histoire, dans Entre toponymie et utopie. Les lieux de la mémoire wallonne (Sous la dir. de Luc Courtois et Jean Pirotte), Louvain-la-Neuve, 1999, pp. 242-252.

Jean BAUDHUIN, Mai 1940 : la guerre en région namuroise, dans François Bovesse et les années sombres 1936-1945, Bruxelles, Crédit communal, 1990, pp.73-93. 

Histoire de l’armée belge de 1830 à nos jours,  Bruxelles, C.D.H., 1988, T. II  

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