Belgien im Krieg / Artikel

Résistants et fédéralisme : la grande illusion ?

Thema - Widerstand

Verfasser : Colignon Alain (Institution : CegeSoma)

Outre son engagement contre l’occupant, la Résistance a également nourri des courants de réflexion divers. Quelle monde pour l’après-guerre ? Comment protéger la paix ? Quelles réformes en Europe et sur le plan national… Telles sont quelques-unes des questions qui ont nourri les débats dans ces milieux

Une Europe pour quoi faire ?

Durant l’Occupation, différents mouvements de résistance évoluant dans la mouvance de la gauche modérée (chrétienne ou laïque) ont envisagé avec faveur un rapprochement des nations européennes sur la base d’un fédéralisme plus ou moins accentué. Les réflexions les plus en pointe à ce niveau se situaient en Italie, à partir de 1941-1943 (« Manifeste de Ventotene »). Des noyaux importants de la résistance française leur ont emboîté le pas. Mais ces mouvements restent minoritaires : dans le climat de l’époque, les milieux engagés contre le Reich cultivent plutôt  un patriotisme aigu ou prônent un communisme d’inspiration stalinienne. L’évocation de ce « fédéralisme » est à usage externe, supranational. L’objectif est de prévenir de nouvelles guerres sans porter atteinte  à l’Etat-nation dont une partie de la souveraineté se verrait transférée au profit d’une entité européenne. Une autre forme de projet européen est également envisagé par certains groupements de collaboration, sous l’égide du III e Reich.

Le fédéralisme en Belgique ?

En Belgique, les forces qui, avant-guerre, ont jusqu’à un certain point  porté un projet fédéraliste – le nationalisme-flamand jusqu’en 1933, le Parti Communiste Belge jusqu’en 1935-ont pour diverses raisons abandonné tout ou partie de ce projet même s’il reste, dans les milieux nationalistes flamands, une volonté très nette soit de transformer les structures de l’Etat belge voire de renoncer purement et simplement au cadre belge.. Ceux qui, au sein des partis traditionnels soutenaient un projet fédéraliste, ont pour la plupart rallié au fil de l’occupation un courant néo-unioniste belge.

Seuls les tenants du Mouvement wallon font clairement exception à la règle. Prolongeant le projet de fédéralisme Truffaut-Dehousse présenté à la Chambre en 1938…et rejeté en février 1939, cette volonté de transformer l’Etat sur une base fédérative, se retrouve dans trois formations de résistance : la « Wallonie Libre », la « Wallonie catholique » et la « Wallonie indépendante », ainsi que dans la fédération liégeoise du Parti Socialiste clandestin. Libéraux et socialistes wallons se sont même associés au sein d’un éphémère « Rassemblement démocratique et socialiste wallon ». Tous ces mouvements relèvent de la résistance civile et fonctionnent davantage comme des « think tanks » que comme des groupes de combat… 

A la Libération, ce courant fédéraliste se retrouve au Congrès national wallon de Liège (octobre 1945). La Fédération liégeoise du Parti socialiste belge y est largement représenté.  Un nouveau projet fédéraliste est d’ailleurs déposé à la Chambre mais à l’heure où la Belgique connaît une phase de Régence, aucune réforme de la Constitution n’est possible.

Bibliographie

Dehousse Fernand, Le fédéralisme et la question wallonne : Congrès des socialistes wallons-5 et 6 juillet 1947, s.l. : Parti socialiste belge, 1947.

Gihousse Marie-Françoise, Mouvements wallons de résistance, mai 1940 - septembre 1944, Charleroi : Institut Jules Destrée, 1984.

Libon Micheline, De la « Séparation administrative » au fédéralisme (1912-1950) : quête identitaire du mouvement wallon, Charleroi, I.J.D., 1998.

Vayssiere Bertrand, Vers une Europe fédérale ? Les espoirs et les actions fédéralistes au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Bruxelles-Bern : P.I.E.-Peter Lang, 2006.