Belgien im Krieg / Artikel

Voix des Belges (La)

Thema - Widerstand

Verfasser : Colignon Alain (Institution : CegeSoma)

Né en août 1941 en tant que porte-parole du Mouvement National Belge (M.N.B.), le clandestin La Voix des Belges, par la puissance de son tirage et sa longévité plus que par le nombre de ses numéros produits, peut assurément figurer parmi les cinq ou six « grands » de la presse résistante. En effet, s’il n’a été en mesure de ne diffuser « que » 41 numéros au fil de ses trois années d’existence (août ’41 – août ’44), ce mensuel ou bimensuel de parfois 8 pages a connu des chiffres de diffusion significatifs, allant parfois à tirer jusqu’à 20 000 numéros imprimés.

Une équipe de qualité

Le journal est l’œuvre de Camille Joset, vétéran de la « Dame blanche » en ’14-’18, haut fonctionnaire d’obédience catholique et … homme de presse mais aussi son fils, le R.P. jésuite Camille-Jean ainsi que les avocats Hannecart, Kerkove, Gits. On y retrouve également des hommes politiques ( le catholique du Bus de Warnaffe, le libéral Schmidt, …), des policiers, des journalistes (dont Fernand Demany, futur secrétaire-général du Front de l’Indépendance).

Pourvu de tels parrains, la feuille a sens nul doute bénéficié au départ de la qualité de leurs réseaux de sociabilité, poussant de profondes racines dans les familles chrétienne et libérale de la Belgique francophone. Hélas, au printemps 1942, la répression allemande s’abat sur la direction du journal suite à une dénonciation. Camille Joset, Schmidt et l’imprimeur Liliens sont dans la ligne de mire. Le titre réussit à se maintenir grâce à l’engagement du fils Joset et du « noyau dur » de l’équipe rédactionnelle. Imprimé originellement à Bruxelles, le titre doit émigrer à Gand pour poursuivre sa diffusion. Ce n’est que partie remise. Dans la nuit du 17 au 18 février 1944, une nouvelle vague d’arrestations décime le Directoire du MNB et l’équipe rédactionnelle du clandestin. Celui-ci doit interrompre sa publication jusqu’en mai ’44, même si Camille-Jean Joset parvient encore à échapper à l’arrestation. Le journal a du mal à s’en remettre même s’il réussit à reprendre sa diffusion avec un contenu amoindri.

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Institution : CegeSoma
Legende des Ursprungs : La Voix des Belges n°1, 10 août 1941

De la critique de la particratie à la défense des libertés

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Institution : CegeSoma
Legende des Ursprungs : La Voix des Belges, n°10, 8 mars 1942

Journal éminemment belgiciste, comme on le devine, La Voix des Belges s’était montrée dès le départ fort critique envers les responsables politiques d’avant-guerre, le Roi excepté. Joset et les siens n’auraient sans doute pas été hostiles à l’idée de limiter les pouvoirs des partis politiques et à renforcer les pouvoirs de l’exécutif incarné par Léopold III. En outre, la feuille affichait ses préférences pour un Sénat transformé en « Conseil économique et social », substitut à peine édulcoré d’une « Chambre corporative » encore à la mode dans les cercles de droite au printemps 1941. Mais très vite elle en revient à une approche plus traditionnelle de la vie politique belge, se satisfaisant du rétablissement des libertés et des institutions traditionnelles, telles qu’elles existaient avant-guerre. Et elle réserve ses critiques les plus féroces aux collaborateurs de l’occupant.

"La Voix des Belges" en déclinaison locale

Le clandestin a fait des émules sous la forme de titres satellites. On peut ainsi relever l’existence d’une Voix des Ardennais, d’une Voix des Gaumais, d’une Voix des Liégeois et même d’une Voix des Coloniaux. Tous ces titres, apparus assez tardivement (au mieux, fin ’43) auront une durée de vie éphémère ou une périodicité bien aléatoire. Souvent, ils sombreront lors de la vague d’arrestations décimant le M.N.B. en février-mars 1944. En septembre 1944, une version néerlandophone De Stem der Belgen a également été publiée.

Bibliographie

Etienne JOSSE, Yannick HOSTIE, Dirk MARTIN, Jacques WYNANTS, Guide de la presse clandestine en Belgique, Bruxelles, CREHSGM, 1991.

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