Belgique en guerre / Articles

Propagande radiophonique

Thème - Collaboration

Auteurs : Gillet Florence (Institution : CegeSoma/Archives de l'Etat) - Rase Céline (Institution : UNamur)

La production radiophonique pendant la Seconde Guerre mondiale se concentre autour de deux axes principaux : la propagande allemande et celle des alliés. Les autorités belges produisent leurs émissions principalement à partir de Londres et Léopoldville. Dès les premières heures de l’invasion de la Belgique par l’armée allemande, les programmes de l’Institut national de radiodiffusion (INR) se concentrent sur l’actualité immédiate afin d’informer la population en temps réel sur l’évolution des événements. Par précaution, le 10 mai 1940, à l’approche des troupes allemandes, le comité permanent de l’institut décide de procéder à la destruction de l’émetteur principal et au transfert du personnel dans un studio clandestin à Boitsfort. Un accord avec les autorités françaises leur permet ensuite de poursuivre leurs activités à partir de Lille, Paris et Montpellier avant de cesser définitivement à la mi-juin.

Ici Radio Belgique, hier Radio België

Les émissions belges reprennent à Londres le 28 septembre 1940 avec la création de Radio Belgique et Radio België sous la responsabilité de Victor de Laveleye et Jan Moedwil. Il ne s’agit pas d’une radio belge au sens propre du terme mais d’une tranche horaire qui leur est accordée par la BBC dans le cadre des programmes européens sur laquelle les Anglais gardent un contrôle total. La nécessité de créer une institution propre apparaît donc rapidement. Il faudra néanmoins attendre le 13 octobre 1942 pour que la fondation de la Radiodiffusion nationale belge (RNB) soit officialisée. Dans un premier temps, le nouvel organisme obtient une place dans la grille de programmation de la BBC : 15 minutes quotidiennes alternativement en français et en néerlandais. Les premières émissions sont lancées en février 1943. A partir du mois de mai, l’émetteur de Léopoldville au Congo belge prend le relais. Des émissions quotidiennes en provenance de la représentation belge à New York (le Belgian Information Center), sous la direction de Georges Theunis, sont également diffusées. Trois programmes informent désormais la population belge : « Les Belges vous parlent de Londres », « Les Belges vous parlent du Congo » et  « Les Belges vous parlent de New York ». Par la suite, la station de Léopoldville acquiert une stature internationale (« La Belgique parle au monde »). Elle s’exprime en neuf langues et est reçue sur tous les continents. Elle constitue un outil essentiel pour soutenir le moral de la population.

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Institution : CegeSoma
Collection : Fonds Pierre-Paul Struye
Droits d'auteur : Droits Réservés
Légende d'origine : Non légendée

Pendant ce temps-là, en Belgique occupée

Le second axe de propagande est celui développé par les Allemands en territoire occupé. Dès le 28 mai 1940, ceux-ci réquisitionnent les bâtiments de l’INR. Les installations techniques ayant été détruites, l’occupant doit travailler avec des émetteurs mobiles durant toute la durée du conflit. Le 31 juillet, un arrêté de la Militärverwaltung donne officiellement naissance à Radio Bruxelles et Zender Brussel. Pour fonctionner, les deux nouvelles entités s’octroient les services de quelque 500 civils belges dont la plupart sont des anciens membres de l’INR. La propagande mise en place dépend d’abord de l’administration militaire mais elle est également chapeautée par Goebbels depuis Berlin.

La répression des « voix vendues »

À la Libération, ces ‘voix vendues’ sont traquées. Les conseils de guerre jugent 79 prévenus et prononcent 13 condamnations à mort. Au niveau administratif, des commissions d’épuration sont chargées d’évaluer le civisme du personnel de l’INR sous l’Occupation. Journalistes, speakers, musiciens, acteurs, techniciens, sténodactylos, ils sont plus de 500 à devoir rendre des comptes. Un cinquième d’entre eux est définitivement exclu. De nombreux autres sont blâmés ou temporairement suspendus. Des centaines d’artistes sont estampillés ‘indiffusables’ et leurs disques sont envoyés au rebut. La rigueur de cette répression dénote le pouvoir reconnu au média radiophonique en cet âge des foules : la radio a été une ‘arme de guerre’. Dans les mains des « purs », elle devient ‘l’arme de la paix’.

Bibliographie

Dujardin, Jean. “Belgique.” Edited by Hélène Eck. La Guerre Des Ondes : Histoire Des Radios de Langue Française Pendant La Deuxième Guerre Mondiale. Paris: Armand Colin, 1985.

Rase, Céline. Des Ondes Impures à l’épuration Des Ondes. Contribution à l’histoire de La Radio, Des Collaborations et Des Répressions En Belgique (1939-1950). Namur: Presses universitaires de Namur, 2017.

Rase, Céline. “« Radio Bruxelles Au Pilori ». Des Ondes Impures à l’épuration Des Ondes. Contribution à l’histoire de La Radio, Des Collaborations et Des Répressions En Belgique (1939-1950).” Ph.D. Thesis, Université de Namur, 2016.


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