Qui ?
L’Armée Secrète (AS) commence à démobiliser ses troupes le 15 octobre 1944. L’organisation, dirigée par le lieutenant‑général Jules Pire.
À l’automne de la même année, l’AS entame une procédure administrative qui doit mener à la reconnaissance de plus de ses 55 000 membres comme « Résistants Armés ». L’organisation se renforce encore avec la création, le 14 mars 1948, de l’Union des fraternelles de l’Armée secrète (UFAS). Les statuts paraissent au Moniteur belge du 10 septembre 1949.
La création de l’UFAS représente en quelque sorte l’aboutissement d’un vaste réseau de fraternelles locales — celles des refuges, des secteurs et des zones — qui s’est développé dans tout le pays. L’UFAS gère également les archives de l’organisation ainsi que des milliers de dossiers individuels constitués pour la reconnaissance des membres, et ce jusqu’à sa dissolution en 2002.
Quoi ?
Les dossiers individuels que l’Armée secrète (AS) constitue pour faire reconnaître ses membres comme « Résistants armés » rassemblent bien davantage d’informations que ceux conservés dans les archives de l’Office de la Résistance. En plus de la décision finale quant aux demandes de reconnaissance, ces dossiers comprennent presque toujours une fiche intitulée « État de service à l’AS », une page intitulée « Rapport sur la conduite et la manière de servir » et, surtout, un questionnaire détaillé :
- La fiche « État de service à l’AS » est remplie par la personne concernée. On y trouve des données sur l’identité de l’individu et sur sa situation militaire : l’unité et le grade au sein de l’AS, la date d’entrée dans l’organisation, un aperçu de ses activités et, le cas échéant, les mesures de répression allemandes qu’il ou elle a subies.
- Dans le « Rapport sur la conduite et la manière de servir », les supérieur·es donnent leur appréciation de l’attitude de la personne résistante pendant l’occupation. Ce document offre souvent une vision plus nuancée que le récit, parfois flatteur, que l’auteur·e de la demande fournit sur lui‑même ou elle‑même.
- Le questionnaire/formulaire détaillé contient une quantité importante d’informations sur l’identité de la personne et sur ses activités au sein de la résistance. On y mentionne notamment : la zone, le secteur et le refuge dont dépend l’individu, sa fonction à l’AS, la date d’adhésion, le nom de la personne qui l’a recruté, les noms de ses supérieur·es, ceux d’autres groupes auxquels il aurait appartenu, d’éventuelles données sur sa période de clandestinité, ainsi que les mesures de répression allemandes subies.
Ilest également demandé si la personne concernée a reçu des distinctions honorifiques et/ou une mention élogieuse à l’ordre du jour de l’AS. Le formulaire comporte en outre de nombreuses questions concernant les activités menées par l’individu : collecte d’informations, liaisons, maquis, transports, parachutages, sabotages, actions de guérilla, hébergement et autres formes d’aide aux personnes en clandestinité, presse clandestine. En somme, un document qui devient une véritable mine d’or… à condition d’être rempli avec soin.
Au total, 59 561 dossiers ont été conservés : 55 222 ont débouché sur une reconnaissance et 4039 sur un refus. Il existe un registre de fiches des membres, dont le nombre de cartes correspond à peu près au nombre de dossiers. Les informations y sont beaucoup plus succinctes, mais ces fiches ont l’avantage d’être rédigées juste après la Libération : les données d’identité des personnes correspondent donc très probablement à leur profil réel durant l’Occupation.
Comme souvent, le principal problème de ces séries de fiches ou de dossiers individuels est qu’elles ne permettent pas de mener une recherche sur une base géographique, ni sur la base d’une sous‑organisation d’un réseau de résistance. Heureusement, dans ce cas-ci, nous disposons aussi d’une documentation générale très abondante, souvent rédigée immédiatement après la Libération. Cette documentation est répartie en 357 dossiers et couvre des thématiques variées. Les sections « Légion belge » (surtout les dossiers 27 à 29), « Historique » (dossiers 45 à 61), « Pertes de l’Armée secrète » (dossiers 253 à 262) et surtout « Ordres de bataille » (dossiers 263 à 285) sont particulièrement utiles pour retrouver des noms via des sous‑groupes ou des sections.
Où ?
Le Centre de Documentation Historique de la Défense (CDH) conserve tous les documents mentionnés ci-dessus, classés par ordre alphabétique. Deux inventaires des archives de l’AS aident à identifier quels dossiers parmi les 47 boîtes sont pertinents (consultable sur place ; prise de rendez-vous via info.ca@mil.be; sous condition que la personne recherchée soit décédée/autorise la consultation et que le document ne soit pas classifié).





