La Résistance belge pendant la Seconde Guerre mondiale continue de susciter un vif intérêt. Entre 1940 et 1944, des milliers d’hommes et de femmes se sont engagés, souvent clandestinement et au péril de leur vie, contre l’occupation allemande. Leurs formes d’action étaient multiples : presse clandestine, renseignement, sabotage, aide aux militaires alliés, résistance armée, entre autres.
La base de données Resistance in Belgium constitue un outil indispensable pour l’étude de la Résistance en Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale. En reliant les parcours individuels à des structures et réseaux plus vastes, elle permet de mieux comprendre un phénomène historique complexe et multiforme.
Des archives dispersées à une base de données unique
Après la Libération, des milliers de dossiers ont été constitués en Belgique dans le cadre des procédures de reconnaissance des résistants, des prisonniers politiques et des autres victimes de guerre. Ces dossiers contiennent de précieuses informations sur les engagements individuels, mais se sont trouvés dispersés entre plusieurs institutions et dépôts d’archives.
Resistance in Belgium est née de la volonté de dépasser cette dispersion. En réunissant dans un même environnement numérique les données provenant de diverses séries d’archives, elle permet d’étudier la Résistance belge à l’échelle tant individuelle que collective.
Du document d’archives aux données structurées
La base n’est pas une copie numérique des archives : il ne s’agit pas simplement de numériser des documents historiques et de les mettre en ligne. Les documents font l’objet d’une analyse de contenu, puis les informations pertinentes sont transformées en données distinctes : qui a fait quoi, où, quand et au sein de quel réseau ?
Une base de données relationnelle
Sur le plan technique, Resistance in Belgium est une base de données relationnelle. Les différents types d’informations — personnes, organisations, événements, lieux et sources — sont enregistrés séparément, tout en étant reliés entre eux.
Un résistant peut, par exemple, avoir appartenu à plusieurs réseaux, avoir été actif en différents lieux, avoir été arrêté à plusieurs reprises et apparaître dans diverses sources archivistiques.
Prendre en compte les incertitudes
Les sources historiques sont rarement univoques, et les dossiers de reconnaissance ne font pas exception. La base a donc été conçue pour enregistrer explicitement les incertitudes : une information peut être signalée comme probable, incomplète ou contestée, chaque fois avec sa référence documentaire.
Réseaux et relations
L’enregistrement explicite des liens entre personnes et organisations permet d’analyser les réseaux de Résistance. On peut ainsi observer le fonctionnement des groupes, repérer leurs points de convergence et comprendre comment les risques circulaient. Cette structure en réseau établit un lien important entre les histoires individuelles et les dynamiques historiques plus générales.
Espaces et géographie
Les lieux sont intégrés comme entités distinctes. Il devient ainsi possible d’analyser la répartition géographique des activités de Résistance, ouvrant la voie à des cartes et à des visualisations montrant leurs concentrations et leur déploiement à travers la Belgique.
Une base de données à vocation scientifique
Les individus au centre
La base place chaque résistant au cœur de la démarche. Pour chaque personne, elle établit, dans la mesure permise par les sources, un profil comprenant des données fondamentales comme le nom, la date de naissance, le domicile et la profession. S’y ajoutent la nature et la période de l’engagement, les organisations concernées, les éventuelles arrestations, détentions ou déportations, ainsi que la reconnaissance obtenue après la guerre, ou son absence.
De la biographie à l'analyse collective
La force de Resistance in Belgium ne réside pas seulement dans les profils individuels, mais surtout dans les liens qui les unissent. En analysant conjointement des milliers de données, les chercheurs peuvent poser des questions auxquelles il était auparavant difficile de répondre : qui s’engageait dans la Résistance ? De quels milieux sociaux venaient les résistants ? Observe-t-on des différences régionales ? Comment la Résistance a-t-elle évolué au fil des années d’occupation ?
Cette approche prosopographique — l’étude collective des parcours de vie — constitue l’un des principaux fondements méthodologiques de la base.
La Résistance en Belgique ne formait pas un bloc homogène. Elle rassemblait de nombreux réseaux et organisations, avec parfois des membres communs et des objectifs variés. Certains groupes étaient fortement structurés, tandis que d’autres fonctionnaient de façon souple et informelle.
Des sources riches, mais pas sans difficultés
Les dosiers de reconnaissance comme source principale
Une part importante de la base repose sur les dossiers de reconnaissance constitués après la guerre. Ceux-ci décrivent souvent les activités de Résistance de manière détaillée, mais ne sont pas des sources neutres. Ils ont été produits dans un contexte où se jouaient la reconnaissance officielle, l’octroi d’un statut et des compensations financières.
Certaines activités ont donc été mises en avant, tandis que d’autres étaient minimisées ou passées sous silence. En outre, tous les résistants n’ont pas obtenu de reconnaissance, par exemple parce qu’ils étaient décédés, n’avaient pas introduit de dossier ou ne répondaient pas aux critères officiels.
Comme tout outil historique, cette base connaît des limites. Toutes les activités de Résistance n’ont pas laissé de traces archivistiques. Certaines formes d’engagement, surtout modestes ou spontanées, restent sous-représentées. La base dépend par ailleurs des sources conservées et de leurs lacunes intrinsèques.
Ces limites rappellent que Resistance in Belgium doit avant tout être considérée comme un point de départ pour la recherche, et non comme son aboutissement.
Comment utiliser Resistance in Belgium ?
La base s’adresse à toute personne souhaitant mieux connaître la Résistance belge pendant la Seconde Guerre mondiale : chercheurs, enseignants, étudiants, familles et visiteurs intéressés.
Rechercher une personne
La recherche peut porter sur un nom, mais aussi sur ses variantes orthographiques ou sur des pseudonymes. Tous les participants à la Résistance ne sont pas documentés de manière exhaustive : l’absence d’un nom ne signifie donc pas nécessairement que la personne n’a pas eu d’activité résistante.
Rechercher par thème ou par lieu
Outre les noms, il est possible de rechercher par :
- organisation de Résistance ;
- type d’activité (par exemple, renseignement) ;
- lieu ou région ;
- période de la guerre.
On peut ainsi rechercher les personnes actives dans sa commune ou les réseaux qui y étaient implantés.
Comprendre le contexte
La base présente les renseignements tels qu’ils figurent dans les sources. Certains sont incertains ou ne reposent que sur un seul document. Il faut donc toujours prêter attention aux observations et aux références archivistiques.
Utiliser la base comme point de départ
Resistance in Belgium n’est pas une fin en soi, mais un point de départ pour approfondir une recherche. Elle invite à établir des rapprochements, à poser des questions et à consulter les dossiers originaux. Les références exactes de ceux-ci et leurs lieux de conservation sont également indiqués.
Bibliographie
Babette Weyns, « Resistance in Belgium. De nationale databank over het verzet in België », Contemporanea, 2025, no 2.





