Belgique en guerre / Articles

Services de liaison avec “Londres”

Thème - Résistance

Auteur : Colignon Alain (Institution : CegeSoma)

A l’heure où la Grande-Bretagne demeure seule en guerre contre le IIIe Reich, elle se montre particulièrement désireuse de collecter des renseignements stratégiques en vue de poursuivre la lutte.

Des débuts difficiles

Désireux de s’informer sur la situation en territoires ennemis, les services secrets britanniques envoient très rapidement plusieurs missions en Belgique occupée ( pas moins de sept entre le 18 juin et le 31 août 1940), avec des succès très relatifs. Ces tentatives se poursuivent dès l’automne 1940, la première opération considérée comme réussie faisant suite au parachutage de Constant Martiny le 13 octobre. Elle est suivie d’autres largages similaires sous les auspices de l’« Intelligence Service ». Dès janvier 1941, les contacts sont rétablis avec le groupe de Walthère Dewé - un « ancien » de la Grande Guerre. Ils iront en s’approfondissant malgré d’immenses difficultés. Parallèlement, à partir de septembre-novembre 1940, le gouvernement belge de Londres va multiplier les initiatives via la Sûreté de l’Etat reconstituée. Entre l’automne 1940 et le printemps 1941, des « lignes » s’esquissent de Lisbonne vers la Belgique à partir de la France non occupée tandis que de nouveaux réseaux voient le jour en Belgique occupée suite aux initiatives de patriotes issus de la bourgeoisie, de l’aristocratie et de cadres de l’industrie. Ce sont les noyaux de « Luc », de « Tégal », de « Zéro », pendant que« Clarence », nouveau nom du groupe Dewé, se renforce.

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Des relations parfois difficiles avec les Britanniques

Mais jusqu’en 1941-1942, les résultats engrangés sont mitigés. Les relations avec Londres restent désespérément lentes. En outre, si un accord conclu verbalement dès août 1941 entre la Sûreté de l’Etat belge et l’« Intelligence Service » permet une bonne relation entre ces deux structures, les frictions ne sont pas rares entre la Sûreté de l’Etat belge et  le « Special Operations Executive » britannique.

La méfiance du gouvernement belge

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Désireux de prendre langue avec la résistance armée en Belgique occupée (Légion belge, Armée belge reconstituée) mais soupçonnant ces milieux, marqués à droite,  d’imprégnation ultra-léopoldiste, voire « fasciste », le gouvernement Pierlot, alarmé par la Sûreté de l’Etat, en arrive à court-circuiter le chef de la Légion belge, ce qui entraîne indirectement l’arrestation de celui-ci par l’ennemi (« affaire Claser », septembre – novembre 1942) tout en provoquant un « clash » majeur avec le SOE (août-novembre 1942). Les deux parties devront mettre de l’eau dans leur vin pour que la coopération reprenne, ce qui ne se fera que petit à petit et non sans réticences réciproques..

Ceci dit, dans la seconde partie de l’Occupation, les missions d’information, de propagande et en vue de l’action armée ou de l’exfiltration des hommes et du renseignement se multiplient, gagnent en efficacité. Le gouvernement Pierlot impulse de surcroît l’aide matérielle aux réfractaires du travail obligatoire via le service Socrate tout en s’informant sur l’évolution du contexte socio-politique en territoires occupés (Comité Gilles). Au total, la coopération belgo-britannique à Londres, et en particulier les près de 300 agents envoyés en pays occupé, sont, essentiellement à partir de 1942, d'un précieux secours aux organisations de résistance.

Si la Belgique n’était pas tout-à-fait une « maison de verre » pour les « Londoniens », elle n’était plus une « terra incognita » à la veille de la Libération.  

Bibliographie

Debruyne Emmanuel, La guerre secrète des espions belges, Bruxelles : Ed. Racine, 2008.

Verhoeyen Étienne, La Belgique occupée. De l’an 40 à la Libération, Bruxelles : De Boeck-Université, 1994.