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Réseau Martiny-Daumerie (Le)

Thème - Résistance

Auteur : Verhoeyen Etienne (Institution : CegeSoma)

Le premier réseau en contact avec Londres

Bien que l’Intelligence Service britannique ait déjà envoyé quelques agents dans le courant de l’été 1940, ces missions n’ont donné que peu de résultats et n'ont en outre pas été en liaison avec Londres. Le réseau Martiny-Daumerie, du nom de ses initiateurs, est le premier réseau en contact avec ‘Londres’. Ses fondateurs sont le colonel Joseph Daumerie, directeur de l’Administration de l’Aéronautique civile, et Constant Martiny, employé au sein de la même administration. Ce dernier était parti en Angleterre, sur ordre, avec une partie du personnel de l’Administration. Certains de ces membres entrent rapidement en contact avec l’Intelligence Service, qui en recrute quelques-uns comme agents. Martiny est l’un d’eux. Il est parachuté après une brève instruction dans la nuit du 12 au 13 octobre 1940 aux environs de Nandrin. Martiny a alors 52 ans, ce qui fait de lui l’aîné des agents parachutés. Bien qu’il se casse le pied lors de son atterrissage, il prend d’emblée contact avec son chef, le colonel Daumerie, déjà engagé dans des activités de résistance, dont l’évasion (une centaine de militaires alliés et une vingtaine de Belges sont exfiltrés par ses soins). Tous deux avaient déjà été actifs durant la Première Guerre mondiale.

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Institution : CegeSoma
Droits d'auteur : CegeSoma
Légende d'origine : Appareil pour communiquer avec Londres

Un réseau d’amis, un réseau familial

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Institution : CegeSoma
Droits d'auteur : CegeSoma
Légende d'origine : Agents de renseignements, s.d.

La mission de Martiny est de créer un réseau rassemblant des informations militaires, en premier lieu sur la Luftwaffe, car la crainte d’une invasion allemande en Grande-Bretagne est toujours présente. Il est donc essentiel pour les Britanniques d’obtenir rapidement des renseignements. Parallèlement, Martiny s’est également vu confier d’autres tâches : outre la collecte de renseignements relatif à l’aviation allemande, il doit également fournir des indications sur des lieux pouvant être potentiellement bombardés, sur des questions de propagande, sur le moral de la population ainsi que sur les déplacements des troupes allemandes notamment. En novembre 1940 et février 1941, l’Intelligence Service envoie deux agents comme renfort. En quelques mois, Martiny et Daumerie recrutent environ 300 personnes. En ces ‘temps héroïques’, le recrutement s’opère dans leur cercle d’amis ou dans leur famille. C’est ainsi qu’à côté de Martiny sont recrutés sa femme, sa fille et son beau-fils.

Une répression lourde

Martiny et ses opérateurs envoient un grand nombre de télégrammes à Londres. Mais en mai 1941, soit environ sept mois après l’arrivée de Martiny, la police allemande y met fin. Après les premières arrestations effectuées en février 1941, c’est au tour de Martiny et de son entourage d’être capturés en mai 1941. Il est possible que Martiny ait réalisé de trop longues séances d’émission, car son poste a été détecté par la goniométrie allemande. Au total, 78 agents du réseau sont condamnés par la justice allemande. Dix d’entre eux, dont Daumerie et Martiny, sont exécutés en 1942. Après sa mort, l’Intelligence Service qualifie ce dernier d’ « agent exceptionnel ».

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Institution : CegeSoma
Droits d'auteur : CegeSoma
Légende d'origine : Emetteur clandestin

Bibliographie

Alfred Dubru. Constant Martiny : il y a cinquante ans, le 12 octobre 1940, un Houffalois était le premier agent belge parachuté en Belgique occupée. Houffalize : Haut Pays, 1991.

Etienne Verhoeyen, « Missions britanniques et réseau Martiny-Daumerie », in : Jours de Guerre, n° 6, 1990, p. 7-18.

Voir aussi

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