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Légende d'origine : Les élections imposées par le parti socialiste auront lieu le 14 avril prochain. Les premières affiches électorales viennent d'être collées ce matin sur les murs de la Bourse : 2 avril 1935.
Au coeur de la Belgique occupée

La démocratie en crise?

Thème - Collaboration

24 mai 1936. Ce sont les élections législatives. Les Belges se rendent aux urnes pour élire leurs représentants. Surprise générale ! Deux nouveaux partis d’extrême droite font une entrée remarquée à la Chambre : Rex remporte 21 sièges et le VNV 16 sièges.

Simple « coup de gueule » ou l’émergence de courants autoritaires qui menacent la démocratie belge ?

Auteurs : Brulard Margot (Institution : CegeSoma) - Sinnaeve Lucas (Institution : UCL)

24 mai 1936. Ce sont les élections législatives. Les Belges se rendent aux urnes pour élire leurs représentants. Surprise générale ! Deux nouveaux partis d’extrême droite font une entrée remarquée à la Chambre : Rex remporte 21 sièges et le VNV16 sièges. 

Leurs programmes, autoritaires et corporatistes, font écho à une situation politique européenne où la démocratie semble de plus en plus menacée. Certains leaders, comme Hitler en Allemagne ou Mussolini en Italie, souhaitent imposer une alternative au système parlementaire en instaurant un Etat totalitaire caractérisé par un pouvoir exécutif fort, par l’absence de séparation des pouvoirs, par un parti unique prétendant incarner les aspirations nationales et par un leader centralisant le pouvoir. Un projet économique dirigiste, un nationalisme exacerbé et la volonté d’introduire une politique d’exclusion sur des critères racistes sont autant de points communs de ces programmes.

Les élections de 1936 sont-elles un simple « coup de gueule » ou l’émergence de courants autoritaires qui menacent la démocratie belge ? 

La démocratie belge en crise

Le 24 mai 1936, les Belges se rendent aux urnes pour élire leurs représentants au Parlement. Surprise : pour leur première participation, Rex rafle 21 sièges et le VNV 16 sièges. Pour la première fois depuis 1919, seuls trois électeurs sur quatre font confiance aux partis traditionnels (Parti catholique, Parti ouvrier belge et Parti libéral). Le Parti catholique est la grande victime ayant perdu 16 sièges. A gauche, le Parti communiste obtient 9 sièges.

Comment expliquer de tels résultats ? 

Dans la foulée de la crise économique de 1929, la démocratie belge semble fragilisée. De nouveaux partis apparaissent et proposent une alternative fasciste au système parlementaire : le Vlaams Nationaal Verbond (VNV), côté flamand, et Rex, dans l’ensemble du pays.

Résultats des élections législatives de 1936 (Chambre)

La crise économique marque profondément la Belgique des années trente mais n’explique pas à elle seule les résultats de 1936. En effet, à cette époque, la situation économique connait une certaine amélioration. Toutefois, de manière indirecte, la crise a influencé la campagne électorale. Elle a mis en exergue les relations entre monde politique et haute finance. Les scandales politico-financiers se multiplient. La population se méfie des élites et des partis politiques traditionnels incapables d’apporter une réponse durable à la crise. La dévaluation du franc belge a fragilisé certaines catégories sociales.

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« Contre tous les partis, contre tous les pourris, votez Rex ».

Rex exploite ce sentiment durant la campagne électorale : slogans, affiches électorales, symbole fort tel le balai, nouvel insigne de Rex symbolisant l’ordre remis par Rex dans le monde politique, etc. Tout est utilisé pour développer une rhétorique antisystème et antipartis.

Au Nord du pays, le VNVdéfend avant tout les intérêts de la Flandre et souhaite une réorganisation autoritaire et corporatiste de la société.

La question se pose : les élections de 1936 sont-elles un simple ‘coup de gueule’ ou le signe d’une réelle fascisation de la Belgique ? 

Les déçus du système parlementaire et de la Belgique

La réponse à cette question doit être nuancée. Trois ans plus tard, en 1939, de nouvelles élections anticipées sont organisées. Pour Rex, c’est la débâcle : de vingt et un sièges, le parti retombe à quatre. Le VNV, par contre, se maintient et gagne même un siège. 

Résultat des élections de 1936 (Chambre)

Résultat des élections de 1939 (Chambre)

Pour comprendre cette différence, il faut se pencher sur l’électorat de ces partis et leurs motivations. 

L’électorat rexiste

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Qui ?

Selon Léon Degrelle, l’électorat rexiste représente le peuple et est ‘populaire’. Toutefois, lorsqu’on analyse les résultats, peu d’ouvriers ont voté Rex. Son résultat dans le Hainaut est d’ailleurs très faible. Par contre, Rex réalise ses meilleurs scores dans les cantons bruxellois et dans les provinces de Namur et du Luxembourg. C’est dans la classe moyenne que naît un véritable engouement pour ce parti et les alternatives proposées. 

Pourquoi ?

Avant l’instauration du suffrage universel masculin, les notables occupaient une place importante en politique. Certains d’entre eux regrettent cette perte d’influence. A leurs yeux, Degrelle apparaît comme une alternative.

La crise économique fragilise par ailleurs une partie des classes moyennes qui ne se sent pas écoutée par les partis traditionnels. Elle se retrouve coincée entre les syndicats ouvriers et les lobbys bancaires et industriels. Léon Degrelle lui offre une alternative perçue comme séduisante en lui proposant de s’unir contre les socialistes jugés dangereux d’une part et l’oligarchie économique d’autre part. 

Véritablement fascistes ?

L’électorat rexiste en 1936 est majoritairement composé de citoyens déçus du fonctionnement de la démocratie parlementaire belge. Trois ans plus tard, lors des élections de 1939, une grande partie de cet électorat modifie son vote. Les causes sont diverses. Tout d’abord, en s’alliant avec le VNV en octobre 1936, Rex perd le soutien de nombreux patriotes belges francophones. Ensuite, suite à la condamnation de l’Eglise lors de l’élection partielle de Bruxelles qui oppose Degrelleà Paul Van Zeeland, en avril 1937, la base électorale catholique s’effrite. En effet, à la veille du scrutin bruxellois, le cardinal Van Roey donna comme consigne de ne pas voter pour le leader rexiste. Finalement, l’orientation fasciste de plus en plus manifeste de Degrelle fait fuir une partie de l’électorat. 

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Auteur : Huybrechts
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Légende d'origine : Non légendée

L’électorat VNV

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Qui ?

Le VNV dépasse les 2O% des votes dans cinq arrondissements : Turnhout (province d’Anvers), Ypres et Furnes (en Flandre occidentale) et deux arrondissements limbourgeois. L’électorat VNV est majoritairement rural et originaire des petites villes.

Pourquoi ?

Les électeurs sont majoritairement des nationalistes flamands. Certains élus considèrent d’ailleurs la part autoritaire de l’idéologie du parti comme secondaire, et justifient leur adhésion par la défense de l’autonomie de la Flandre ou la création d’un Etat thiois.

Véritablement fascistes ?

Dès sa création, le VNVse présente comme un parti fasciste même s’il y a des nuances et des courants plus modérés en son sein. Jusqu’à sa création, les nationalistes flamands avaient voté pour des formations démocratiques.

Progressivement, le VNV montre un profil de plus en plus autoritaire, tout en menant des stratégies d’alliance (« concentratielijsten ») avec des listes catholiques en Flandre lors des élections communales de 1938.

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Légende d'origine : [1/5/1938]

La rhétorique de l’extrême droite en Belgique

Si l’électorat VNV et REX sont différents, on remarque toutefois un discours semblable sur un certain nombre de points.

Une rhétorique et un argumentaire précis caractérisent l’extrême droite. Ils peuvent varier en fonction du parti mais certains points sont communs aux discours d’extrême droite.

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Institution : CegeSoma
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Légende d'origine : QG de Rex 1936

Antisystème

Les partis d’extrême droite exploitent au maximum l’hostilité au système parlementaire. Les partis démocratiques gardent souvent leurs distances par rapport aux fascistes, ce qui renforce leur image de « vraie alternative ». Isolés sur la scène politique, les partis d’extrême droite ne peuvent se hisser au pouvoir que dans le cadre d’une remise en cause de la démocratie.

Si aucun des partis démocratiques ne semble souhaiter se rapprocher de Rex, la situation n’est pas aussi claire pour le VNV. En effet, ses revendications en faveur de la Flandre rapprochent ce parti d’une certaine aile pro-flamande du Parti catholique.

Emotionnel

Les discours d’extrême droite tentent d’attirer leur électorat non par la logique ou la raison mais par l’émotion. Cette rhétorique est également présente dans les discours des partis traditionnels mais se retrouve, ici, à plus forte dose.

Les politiciens d’extrême droite ne cherchent pas à raisonner mais à exalter. Langage grandiloquent et imagé, gestuelle théâtrale et symbolique forte sont souvent présents. 

Archives de la série Inédits, 16/01/1990, RTBF 


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Légende d'origine : VNV - Landdag 1939

Unité

L’extrême droite développe également dans son discours le thème de l’Unité. En effet, elle prône une société débarrassée de ses conflits sociaux, par la création de corporations professionnelles.

Cette unité doit être faite à l’échelle nationale. Le pays, la patrie – la Belgique ou la Flandre pour les nationalistes flamands – est perçue comme un tout uni et puissant. La seule « classe » indésirable pour l’extrême droite est celle de la haute finance et des professionnels de la politique. Mais elle se découvre vite d’autres « ennemis » : les socialistes, les communistes ou encore les étrangers.

Leader

L’exaltation d’un leader est un point très important dans la rhétorique d’extrême droite. Les partis mettent en place une campagne électorale centrée sur une seule personne. Ce leader prend dans certains cas une dimension presque prophétique.

Caractère autoritaire

Enfin, la discipline et l’autorité sont souvent mises en avant par ces partis, en opposition à « l’anarchie » du parlementarisme. Ces deux principes sont à lier avec celui d’unité dans le but de constituer un Etat fort. Ils sont moins présents dans l’argumentaire d’extrême droite aujourd’hui, car connotés trop négativement par les expériences fascistes du 20e siècle.

Archives de la série Inédits, 16/01/1990, RTBF 

Le paysage politique de l’après-guerre

L’Occupation va bouleverser l’histoire de Rex et du VNV. Ces deux partis vont choisir la voie de la collaboration avec les autorités allemandes. La question se pose donc de manière légitime : que se passe-t-il dans le paysage politique d’après-guerre ? 

Après la guerre, lors des élections du 17 février 1946, on observe plusieurs phénomènes.

Premièrement, les partis qui se sont engagés dans la collaboration sont interdits. Rex et le VNV ne peuvent donc plus se présenter.

Les communistes, quant à eux, connaissent une forte poussée. Ils ont joué un rôle très important dans la résistance. Le Parti communiste belge (PCB) passe de 5,36% en 1939 à 12,68% en 1946 à la Chambre, devenant le troisième parti, devançant les libéraux. Cette poussée communiste, de très courte durée, s’opère surtout dans les cantons wallons et bruxellois. 

Par ailleurs, on remarque un regroupement des voix de droite. Le PSC-CVP – nouveau nom du Parti catholique – retrouve une partie de son électorat perdu avec la disparition de Rex et du VNV. Le parti enregistre un bond électoral de près de 10% par rapport au scrutin de 1939 (de 32,73 à 42,53%).


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Légende d'origine : Non légendée

​Conclusion

En 1936, un vote favorable aux partis d’extrême droite menace la démocratie. Rex en Belgique francophone et le VNV en Flandre bousculent la scène politique belge. Ce résultat reflète le malaise d’une partie de la population par rapport à la politique et aux partis traditionnels. Le nombre de députés rexistes chute d’ailleurs considérablement lors des élections de 1939. En Flandre, le VNV se maintient notamment grâce à son programme nationaliste flamand.

Le choix de la collaboration pendant l’Occupation met définitivement fin à ces deux partis. Leur dissolution ne marque pas la disparition de l’extrême droite en Belgique. Elle reviendra sous d’autres formes et d’autres noms. 

Bibliographie

Etienne, Jean-Michel. Le mouvement rexiste jusqu’en 1940, Paris, Colin, 1968.

Gérard-Libois, Jules. « Rex 1936-1940 : flux, reflux, tensions et dislocations », no 1226 (1989).

Höjer, Carl-Hendrik. Le régime parlementaire belge de 1918 à 1940, Bruxelles, CRISP, 1969.


Pour en savoir plus..

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260608.jpg Articles Vlaams Nationaal Verbond (VNV) De Wever Bruno
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