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Auteur : Photos Rouffignon
Institution : Cegesoma
Droits d'auteur : Droits réservés
Légende d'origine : Armée Secrète. Camp de Barbouillon.
Belgique en guerre / Articles

Maquis et maquisards, une spécialité wallonne.

Thème - Résistance

Auteur : Colignon Alain (Institution : CegeSoma)

Si l’on s’en tient à la définition classique du « maquis » formulée par l’historien Henri Michel (« Tout groupement d’hommes armés engagés contre l’ennemi dans les montagnes et les forêts… »), seul l’espace wallon au sud de l’axe Sambre-Meuse-Amblève, avec ses vastes frondaisons et son relief tourmenté , se prête à de telles  initiatives.

L’impact du travail obligatoire

De fait, dès l’été 1942, on enregistre dans les confins orientaux des provinces de Liège et du Luxembourg l’apparition de minuscules groupes d’insoumis semi-clandestins (groupe Byl, groupe Thill ou « Commandos wallons ») pratiquant-déjà  le sabotage de l’appareil économique local au service de l’ennemi. Mais c’est plutôt une préfiguration.

Les choses sérieuses commencent au printemps 1943, avec les premières conséquences concrètes de l’instauration du travail obligatoire en Allemagne et l’arrivée progressive de ses  réfractaires, bien accueillis par les paysans et progressivement encadrés par les formations de résistance.

En règle générale, l’organisation des premiers « maquis », ou plutôt des « campements forestiers » relève plus du Mouvement national belge ou de la future Armée secrète, bien implantés en Ardenne que du Front de l’Indépendance, étiqueté « de gauche ». Toutefois, on relèvera quand même une trentaine de maquis dépendant peu ou prou des Milices Patriotiques associées au FI au sud du Hainaut, du Namurois et du Luxembourg. On épingle même quelques groupes de Partisans armés communistes dans le secteur Ourthe-Amblève ainsi que dans les environs de Marche-en-Famenne. A partir d’octobre 1943, le Service Hotton dirigé par Marcel Franckson se montre très actif au sud de l’entre-Sambre-et-Meuse. Bien encadré et relativement bien armé, il se révélera très efficace, multipliant les sabotages et les opérations de harcèlement.

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Institution : CegeSoma
Droits d'auteur : Droits Réservés
Légende d'origine : Vertrek uit kazerne Etterbeek van verplicht tewerkgestelden (Werkweigeraars)

Insécuriser l’occupant

Même si tous les éléments de cette nébuleuse ne présentent pas le même dynamisme ( beaucoup de campements forestiers sont de petite taille –entre une dizaine et une trentaine d’individus- et sont « dormants »), ils répandent peu à peu l’insécurité sur les arrières de l’occupant. Leur activité s’accroît à partir de la fin de l’hiver 1943-1944 avec l’afflux relatif de résistants traqués dans les grandes agglomérations par la Sipo-SD et trouvant dans les grands bois et les zones rurales une base de repli opportune.

Les Allemands ont beau multiplier avec leurs auxiliaires les opérations « coups de poing », l’Ardenne devient pour eux une zone d’insécurité. Au lendemain du Débarquement, les sabotages s’y multiplient à un point tel que la région échappe peu à peu à son contrôle. Mais il s’agit de zones rurales, peu sensibles sur le plan économique ou stratégique. En outre, lorsque l’ordre de mobilisation des maquis est donné par le gouvernement Pierlot (2 septembre 1944), l’engagement reste incomplet et d’une efficacité très relative dans les confrontations directes avec l’ennemi, faute d’armement et d’encadrement. Il y aura certes quelques beaux faits d’armes, mais aussi des dérapages et des bavures.

Ces faiblesses inhérentes à l’action des maquis se retrouvent un peu partout en Europe, de la France à la Yougoslavie : ceux-ci ne servent d’auxiliaires efficaces qu’en liaison rapprochées avec les armées alliées.

Bibliographie

Franckson Marcel & Burniat Jacques, Chronique de la guerre subversive : le Service Hotton en Thiérache, 1941 – 1944, Bruxelles : FDM, 1996.

Lafarque Valérie, Les maquis en Belgique 1942-1944, Louvain-la-Neuve : travail de séminaire UCL, 1994.

Marquet Victor, « Quand un maquis d’Ardenne mettait ses « gros sabots » », in : Jours de Guerre, n°19, 1995, p. 7-21.