Qui ?
Dès le début de l’occupation, des Belges — et parfois des ressortissant·es d’autres pays — commencent à rassembler des informations sur des groupes de résistants et résistantes afin de les transmettre aux services de police allemands. Plus les mouvements de résistance prennent de l’ampleur, plus cette activité s’intensifie.
À partir de 1942-1943, des organisations de collaboration mettent en place leur propre police pour agir plus efficacement contre la résistance armée, surtout à Bruxelles et en Wallonie :
- Dans le sud du pays, le parti Rexiste fonde, en mars 1943, le Département Sécurité et Information, dont les brigades sont actives notamment à Braine-l’Alleud, Huy, Liège, Mons, et surtout à Bruxelles, Charleroi et La Louvière. Ces brigades se consacrent à la collecte d’informations sur des personnes (présumées) engagées dans la résistance.
- En Flandre, le Veiligheidskorps (« corps de sécurité ») de la DeVlag, dirigé par Robert Verbelen, mène une lutte systématique contre la résistance. Cette organisation rassemble elle aussi des renseignements, mais à partir de 1944, elle passe à des actions violentes comme des pillages, tortures, descentes et assassinats.
Quoi ?
Beaucoup de dossiers et de fiches rédigés par des collaborateurs et collaboratrices ont été détruits à la fin de la guerre, mais certains ont tout de même échappé à cette destruction. On les retrouve aujourd’hui dans les archives de la justice militaire, où ils servent de pièces justificatives dans les procès intentés après la guerre contre ces personnes. Même si leur contenu reste souvent peu fiable — informations incomplètes, erreurs factuelles, interprétations douteuses — ces documents conservent une valeur importante, car ils ont été produits pendant l’occupation.
Un cas particulièrement frappant est celui du phalangiste espagnol Luis Mercader, qui travaille jusqu’en juin 1943 pour la Sipo‑SD. Avec l’aide d’agent·es belges, il rédige au moins 467 rapports dans lesquels il dénonce notamment des Juifs ou des francs-maçons, des communistes, des socialistes, des individus considérés comme ennemis de l’Allemagne ou juste proches des Alliés. Même si ces rapports ne contiennent pas toujours des informations exactes, ils constituent une source très riche pour comprendre le destin de nombreuses victimes, en particulier des résistants et résistantes qui meurent pendant la guerre.
Où ?
Les Archives de l’État conservent des dossiers de l’auditorat général, des conseils de guerre et des cours militaires. Ces dossiers sont répartis entre différents services des Archives de l’État (consultables sur place, moyennant l’autorisation du collège des procureurs généraux). Pour plus d’informations sur la localisation précise et les modalités de consultation de ces dossiers pénaux de la justice militaire, consultez la fiche Justice militaire.
- Le CegeSoma conserve les archives de Luis Mercader et de ses 467 rapports (consultables sur place).
- Le Centre d’études et de documentation maçonnique belge (CEDOM) conserve les dossiers concernant la franc-maçonnerie (consultables sur place).
- Le site BelgicaPress (Bibliothèque royale de Belgique) contient des articles de presse consacrés aux procès contre les membres de la Sipo-SD où de nombreux témoignages contre les mouvements de résistance sont rassemblés. C’est donc une piste utile pour identifier les noms des personnes collaboratrices (consultable en ligne).





