Belgique en guerre / Articles

Chiffres et Statistiques de la justice belge

Thème - Collaboration

Auteurs : Rousseaux Xavier (Institution : UCL-CHDJ) - Campion Jonas (Institution : UCL-CHDJ)

Publier les chiffres de la justice est un enjeu de pouvoir et de légitimité. Durant l’Occupation, la justice belge continue à publier des statistiques de son activité.

Caractériser les chiffres en guerre

Le contexte d’Occupation renforce la nécessaire prudence dans l’analyse des chiffres disponibles. Primo, les statistiques de guerre mentionnent des réformes qui participent à l’érosion de l’Etat belge, tout comme l’état de guerre influence la teneur des données publiées (destructions lors de l’invasion, annexion des Cantons de l’Est, grandes agglomérations…). Les volumes statistiques se limitent ensuite à ne publier que les chiffre des infractions commises à l’encontre du droit national. Ils ne distinguent pas criminalité ordinaire et criminalité politique, correspondant à des faits de résistance. Enfin, ces chiffres doivent être nuancés en termes de variations chronologiques, géographiques et de suite données aux affaires pour comprendre les politiques répressives menées durant la guerre (classements sans suite, non-lieux, condamnations).

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Institution : AGR-CegeSoma
Collection : Photos des archives de la police judiciaire de Bruxelles en rapport avec les attentats, les sabotages et les vols ("Attentats Occipation"), 1940-1944
Droits d'auteur : Droits Réservés
Légende d'origine : Non légendée

Tendances globales de l’activité judiciaire en guerre

Ces statistiques témoignent d’abord d’un renforcement de la répression. Le taux de condamnés par 100.000 habitants passe de 595 en moyenne, entre 1930 et 1939, à 886 en 1942 : il augmente drastiquement chez les femmes et les jeunes. De nouveaux comportements font l’objet d’une criminalisation, d’autres d’une moindre tolérance. La guerre se caractérise par une tension accrue autour des biens. Les statistiques témoignent aussi de l’activité d’institutions en liens avec des politiques soutenues par les Allemands, notamment dans le domaine du ravitaillement (services de contrôle et juridictions administratives). Enfin, certaines données (divorce, avortement, délinquance juvénile, homicides) sont interprétées comme l’indice de la « démoralisation » ou d’une « brutalisation » accrue de la société belge, principalement dans la seconde moitié du conflit.

Bibliographie

Institut national de Statistiques. “Statistiques Judiciaires Belges,” n.d. En ligne, http://www.digithemis.be/index.php/applications/stat/acces.

Rousseaux, Xavier, Jonas Campion, and Guillaume Baclin. “Les Chiffres En Guerre. Occupations, Justices et Statistiques Pénales En Belgique (1914-1950).” Histoire et Mesure 12, no. 1 (2007): 5–44.

François, Aurore. Guerres et Délinquance Juvénile. Un Demi-Siècle de Pratiques Judiciaires et Institutionnelles Envers Des Mineurs En Difficulté (1912-1950). Bruxelles: La Charte, 2011

Rousseaux, Xavier. “Guerre(s) et Droit(s) : L’impact Des Deux Guerres Mondiales Sur La Justice Pénale Belge.” In De Rechtsgeschiedenis van de Twintigste Eeuw. The Legal History of the Twentieth Century, edited by Georges Martijn, Dirk Heirbaut, and Rik Opsommer. Bruxelles: Vlaamse Academie van België voor Wetenschappen en Kunsten, 2006.


Pour en savoir plus...

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