Belgique en guerre / Articles

La Légia

Thème - Collaboration

Auteur : Marrocco Lionel

Date de publication : 08/10/2026

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En décembre 1940, le journal clandestin communiste Liberté publie un article critique sur le journal La Légia, sous le titre évocateur : « Ce que La Légia ne dit pas ». Les communistes liégeois dénoncent l’information censurée diffusée par La Légia. Selon eux, le journal passe sous silence les défaillances de l’approvisionnement alimentaire ainsi que les grèves et manifestations qui en résultent. La rédaction évite en effet systématiquement ces sujets. En mai 1941, elle ne publie rien sur la grande « grève des 100 000 », qui frappe durement le bassin industriel liégeois. La grève est abondamment décrite et célébrée dans la presse clandestine communiste et socialiste de Liège, mais La Légia reste remarquablement silencieuse. Pour comprendre ce silence, il est utile de revenir brièvement sur le contexte de la naissance de ce journal censuré.

 

Un nouveau journal sur les presses volées de La Meuse

Lorsque les troupes allemandes entrent à Liège le 12 mai 1940, elles trouvent les locaux de la rédaction et les installations de La Meuse abandonnés. Le directeur général Jean de Thier a fui en France avec une partie du personnel. Les membres du personnel restés sur place créent, en collaboration avec la Propaganda-Abteilung, une nouvelle société : La Légia. Henri Weemaes, linotypiste et ancien de la maison, est connu pour son dévouement à l’entreprise et prend la direction de la nouvelle société. Le Germano-Roumain Alfred Scholtz sert d’intermédiaire entre le personnel et le service de propagande allemand. Avant la guerre, il a collaboré à Hebdo, un hebdomadaire de La Meuse. Dès le 25 mai 1940, trois jours avant la capitulation de l’armée belge, paraît le premier numéro de La Légia, imprimé sur les presses volées de La Meuse.

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Institution : KBR
Légende d'origine : La Legia, 25 mai 1940

Le monopole de la presse écrite à Liège

 
 
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Institution : KBR
Légende d'origine : La Légia, 26 mai 1941

Le nouveau journal se conforme à la stricte censure de l’occupant et acquiert le monopole de la presse écrite à Liège. Le quotidien connaît un tirage élevé, qui atteint 90 000 exemplaires en août 1940 – soit environ le double du tirage estimé de La Meuse en 1939. Au cours des années suivantes, le tirage diminue légèrement, mais conserve une moyenne élevée de 75 000 exemplaires. Le journal doit son succès à sa situation de monopole, à sa ligne initialement modérée et aux informations pratiques qu’il fournit sur le ravitaillement, les prisonniers de guerre et autres sujets. Les habitants achètent le journal avant tout pour s’informer, sans accorder une confiance excessive à son contenu. Ainsi, le cri des vendeurs « La Légiâaa ! » est souvent suivi de la réplique : « Li ci qui vout des mintes vo-nnè-là ! », autrement dit : « Pour celui qui veut des mensonges, en voilà ! ».

Au service de la propagande de l’occupant

Immédiatement après la campagne des 18 Jours, l’occupant tente de placer l’ensemble des médias belges sous son contrôle. La Belgique étant soumise à une administration militaire, l’information relève de la Wehrmachtpropaganda au sein de la Militärverwaltung. Une section spécifique est créée en son sein pour toutes les questions journalistiques et culturelles : la Propaganda-Abteilung. La rédaction de La Légia se conforme à la stricte censure et rencontre peu de difficultés avec l’occupant. Le journal est intégré à la machine de propagande au service de l’occupant et de l’idéologie nationale-socialiste. D’un point de vue de la propagande, il serait contre-productif de rendre compte de grèves et de manifestations couronnées de succès. Aussi le journal ne publie-t-il rien, au cours du mois de mai 1941, sur les manifestations et les grèves qui se déroulent à Liège. Fait remarquable, il rend en revanche compte à plusieurs reprises de grèves qui ont lieu à l’étranger. Il s’agit vraisemblablement d’une stratégie destinée à détourner l’attention des lecteurs des troubles intérieurs vers l’étranger. Dans la presse clandestine liégeoise, la grande « grève des 100 000 » fait en revanche l’objet d’une large couverture. Des militants communistes et socialistes rendent abondamment compte de cette grève et appellent les ouvriers à poursuivre la lutte.

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Institution : CArCoB
Légende d'origine : Le Drapeau rouge, 1er juin 1941.

Gestion et rédaction du journal

Le 27 novembre 1941, Alfred Scholtz fonde, en collaboration avec René Letesson, issu de la Gazette de Liège catholique, la Société Liégeoise d’Éditions. René-Jean Franssen, directeur commercial et ancien collaborateur de La Meuse, rejoint ensuite la nouvelle société, au sein de laquelle il n’y a plus de place pour Henri Weemaes, pourtant ancien de la maison. En raison de ses convictions communistes, il est écarté par l’occupant. Plusieurs changements interviennent dans la gestion et la rédaction du journal au cours de l’occupation. Lorsqu’Alfred Scholtz est mobilisé après avoir obtenu la nationalité allemande en tant que Volksdeutsche, René-Jean Franssen le remplace comme administrateur. En juin 1943, Franssen est cependant remplacé par l’Allemand Freerk Haye Hamkens, dont il devient le subordonné. Sous Hamkens, le journal prend un caractère plus nettement pro-allemand. Par son intermédiaire, le service allemand de propagande tente de transférer les bénéfices de l’entreprise à la maison d’édition allemande Mundus. Néanmoins, Jean de Thier, qui se trouve toujours dans le Midi de la France, reçoit chaque mois une somme de 125 000 francs en compensation de l’utilisation des installations de La Meuse. Pendant toute la durée de l’occupation, René Letesson exerce la fonction de rédacteur en chef de La Légia. Pierre Hubermont est officiellement directeur politique du journal, mais le dirige de facto en collaboration avec Letesson.

Les thèmes « wallons » de La Légia

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Institution : CegeSoma
Collection : Sipho
Droits d'auteur : CegeSoma
Légende d'origine : Les journées culturelles wallonnes à Charleroi : les 11 et 13 septembre 1942. La cérémonie d'ouverture. La réception à l'Hôtel de Ville de Charleroi : le discours de Mr. Hubermont, chef de la Communauté culturelle wallonne. A droite Mr. Teugels, Bourgmestre de Charleroi. [15/9/1942] [Frei gegeben durch zensur]

L’attrait exercé par La Légia tient en partie à l’attention qu’elle accorde aux thèmes « wallons ». Cette question sert en quelque sort de contre-point à une collaboration aveugle. Pierre Hubermont est également président du mouvement collaborationniste Communauté Culturelle Wallonne (CCW). Sous sa direction, le journal accorde davantage de place aux questions « wallonnes ». Il souhaite stimuler la conscience wallonne et favoriser un rapprochement entre les cultures wallonne et allemande. Hubermont fait du journal le porte-parole officieux de la CCW. Le journal demeure par ailleurs au service de l’occupant et du national-socialisme. Le 1er mai 1941, à l’occasion de cette journée de célébration, paraît un article consacré aux manifestations : « 1er Mai de guerre ». Le journaliste René-Antoine Maréchal y plaide en faveur d’un avenir sans lutte des classes. Il rêve d’une coopération corporatiste entre patronat et ouvriers dans un cadre national-socialiste. Il n’en sera rien et, à partir de mars 1944, le ton collaborationniste commence à s’atténuer en raison de la détérioration de la situation militaire de l’Allemagne. Par contre, durant les derniers mois de parution, le journal consacre une place de plus en plus importante aux faits divers et faits de violence qui explosent littéralement dans la province. Il s’agit sans doute d’une stratégie consciente ou non de montrer à ses lecteurs que la résistance – associée à ces faits – constitue un danger pour la population et se doit d’être combattue avec la dernière énergie.

Bibliographie

Balace Francis, « Aspects de la résistance en province de Liège », in : Libération-Nos libertés retrouvées. La mémoire, Liège, Province de Liège, 1994, p. 75-101.

Colignon Alain, « Première Page, cinquième colonne », in : Francis Balace (dir.) Jours de Guerre. Tome 8 : Jours noirs, Bruxelles, Crédit communal de Belgique, 2002, p. 5-15.

De Bens Els, De Belgische dagbladpers onder Duitse censuur (1940-1944), Kapellen : De Nederlandsche Boekhandel, 1973, Boek De Bens.pdf.

Vande Winkel Roel, « Gelijkgeschakelde stemmen : officiële informatiemedia in bezet België 1940-1944 », in : Tegendruk. Geheime pers tijdens de Tweede Wereldoorlog, Gent/Brussel : AMSAB/CegeSoma, 2004, 49-65.

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La Légia
Auteur : Marrocco Lionel
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