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Procès de la GFP 530 (Le)

Thème - Justice

Auteur : Fortemps Louis (Institution : Doctorant KULeuven/Université de Lille III)

En mai 1950, treize agents allemands de la Geheime Feldpolizei Gruppe 530 comparaissent devant le Conseil de guerre de Bruxelles pour les crimes commis par l’unité sous l’occupation. Ce procès s’inscrit dans la volonté de la Belgique de punir les crimes de guerre allemands commis en lien avec la Belgique et d’ éviter l’échec des jugements des criminels de guerre allemands après la Première Guerre mondiale. Cela concerne des membres de la Sipo-SD avant de culminer avec les procès d’Alexander von Falkenhausen et Eggert Reeder en 1951.

La GFP de la rue Traversière

Formé dès août 1939 comme l’une des premières unités de la GFP, le groupe 530 rassemble une centaine d’hommes regroupés en quatre, parfois cinq, commissariats. Après avoir participé à la campagne de Pologne, il suit les troupes de la Wehrmacht lors de l’invasion de  la Belgique en mai 1940 en étant rattaché à l’Oberfeldkommandantur 672 qui s’installe à Bruxelles quelques jours seulement après l’occupation de la capitale. Le groupe s’établit quelques mois à l’hôtel Cosmopolite avant de déménager en septembre 1940 dans un grand bâtiment en briques rouge anciennement occupé par une congrégation religieuse au numéro 6 de la rue Traversière, à Saint-Josse-ten-Noode. Ces bureaux deviendront tristement célèbres pour la population bruxelloise au même titre que les bâtiments de la Sipo-SD avenue Louise.

Les hommes de la GFP 530 se spécialisent rapidement dans la lutte contre les services de renseignements et les filières d’évasion de la résistance en collaborant étroitement avec l’antenne locale des services secrets allemands, l’Abwehrstelle Belgien. Les suspects interpellés sont incarcérés à la prison de Saint-Gilles ou dans la prison spéciale de l’Abwehr. Pour les interroger, les agents de la GFP 530 viennent les chercher tôt le matin pour les emmener dans les bureaux de la rue Traversière. Certains agents se montrent rapidement des spécialistes des méthodes de torture pour les détenus peu coopératifs. Ceux-ci sont battus, insultés ou contraints de rester dans des positions inconfortables pendant des heures. Au tournant des années 1942-1943, alors que les attaques de la résistance se multiplient, la GFP adopte les mêmes pratiques que la Sipo-SD en instaurant la verschärfte Vernehmung, ou « interrogatoire renforcé », qui consiste en une série de coups de bâtons sur le bas du dos du suspect.

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Institution : Cegesoma
Droits d'auteur : Droits réservés
Légende d'origine : GFP Bruxelles (Gruppe 530 - Heer) : Ehling, [1945-...].

Poursuivre les agents de la GFP 530 devant la justice belge

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Institution : KBR
Légende d'origine : Le Soir, 16 mai 1950, p. 3

La volonté de punir les crimes de guerre commis sur le sol belge se manifeste dès avant la libération du pays. Il s’agit aussi d’éviter l’échec des jugements des criminels de guerre allemands après la Première Guerre mondiale. L’arrêté-loi du 26 mai 1944 détermine que toutes formes d’incivisme ou de crimes de guerre ne pourront être jugés que par un tribunal militaire. Ensuite, pour résoudre le problème d’incrimination des criminels allemands, la loi du 20 juin 1947 introduit le principe de « double incrimination » selon lequel un crime de guerre ne peut être considéré comme tel que s’il est commis en violation du code pénal belge et du droit international. Elle garantit également aux accusés le droit de faire appel et de disposer d’un avocat allemand.

Pour juger les agents de la GFP 530, il faut dans un premier temps les retrouver. Le service de recherche de la « Commission des crimes de guerre » se charge de cette tâche difficile en collaboration avec l’United Nations War Crimes Commission (UNWCC). En effet, après l’évacuation de Bruxelles en septembre 1944, la GFP 530 est envoyée en Italie où la majorité de ses membres sont faits prisonniers par les Alliés mais d’autres agents sont envoyés sur le front de l’Est ou dans d’autres pays. Moins d’une centaine d’agents du groupe sont alors identifiés par les services belges.

De nouvelles difficultés surgissent alors lorsqu’il s’agit d’obtenir leur extradition vers la Belgique. Les Soviétiques refusent ou ignorent toute demande et les Anglo-Saxons se montrent hésitants avant d’interrompre toute extradition de citoyens allemands à partir d’octobre 1947. A cette date, au moins 39 agents de la GFP 530 ont pu être extradés et, ironie du sort, écroués à la prison de Saint-Gilles. Six mois plus tard, ils ne sont plus que 29, dont huit officiers comprenant le chef de l’unité, son supplétif et quatre chefs de commissariats. Des preuves incriminantes sont réunies contre 28 agents dont 16 extradés et 12 qui n’ont pu être retrouvés. Les autorités judiciaires belges prennent alors la décision de juger en particulier le recours régulier ou systématique à la violence.

 

Le procès

Après près de quatre ans d’instruction, le procès débute finalement le 15 mai 1950 devant le Conseil de guerre de Bruxelles. Sur le banc des accusés, seuls treize agents dont quatre qui sont jugés par contumace car n’ayant jamais été retrouvés. Il apparait d’ailleurs que deux d’entre eux ont été tués en Prusse-Orientale en 1945. Parmi les prévenus, figurent quatre officiers et neuf soldats ou sous-officiers. Les audiences s’étalent sur près de deux mois au cours desquels défilent 453 témoins.

Le 14 août 1950, le conseil de guerre rend son jugement. Les treize agents sont condamnés à des peines allant de cinq ans d’emprisonnement aux travaux forcés à perpétuité. Neuf accusés écopent de peines comprises entre 10 ans d’emprisonnement à 20 ans de travaux forcés. Tous les accusés présents font appel devant la Cour militaire de Bruxelles. Celle-ci se montrera plus clémente lors de son jugement du 15 février 1951. Deux agents sont acquittés et les peines des sept autres sont réduites de 1 à 10 ans d’emprisonnement. Etant déjà incarcérés depuis 1945, la plupart des condamnés sont libérés et rentrent alors en Allemagne. En 1952, seuls onze citoyens allemands se trouvent encore dans les prisons belges.

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Institution : KBR
Légende d'origine : Le Soir, 15 août 1950, p. 5

Bibliographie

Berlière Jean-Marc, Campion Jonas, Lacché Luigi et Rousseaux Xavier, dir., Justices militaires et guerres mondiales, Louvain-la-Neuve, 2013.

Fortemps Louis, La Geheime Feldpolizei Gruppe 530 : un acteur de la répression allemande à Bruxelles (1940-1944), mémoire de master en Histoire, Université catholique de Louvain, 2018-2019.

Préaux, Céline, La Gestapo devant ses juges en Belgique, Bruxelles, 2007.

Van Nuffel, Herman, Belgisch Nürnberg, 1945-1952: de vervolging van Duitse oorlogsmisdadigers in België, Erpe-Mere, 1997.

Weisers, Marie-Anne, La justice belge, les bourreaux allemands et la Shoah, Bruxelles, 2020.

Pour en savoir plus

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