Belgique en guerre / Personnes

Van Brussel Louis

Thème - Résistance

Auteur : Willems Bart (Institution : CegeSoma / Archives de l'État )

Date de publication : 07/09/2026

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La mémoire de la résistance en Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale se caractérise par une grande hétérogénéité d’organisations, d’idéologies et de parcours individuels. Dans cet ensemble complexe, Louis Van Brussel occupe une place singulière. Ce n’était pas un dirigeant politique classique, mais plutôt une personne d’action, façonnée par son milieu social, son engagement dans le mouvement ouvrier et sa radicalisation au fil des années trente particulièrement agitées. Son cheminement — de jeune militant socialiste à l’un des plus hauts responsables de l’Armée belge des Partisans — met en lumière à la fois les dynamiques internes à la résistance et les tensions qui la traversent.

Jeunesse dans un environnement socialiste (1918–1938)

Louis Van Brussel est né le 24 septembre 1918 à Louvain, dans un milieu résolument socialiste. L’histoire de sa famille est intimement liée au mouvement ouvrier : son grand‑père figure parmi les pionniers du socialisme local, et son père, Jean‑François Van Brussel, préside une société de gymnastique socialiste tout en participant à des structures paramilitaires comme la Militie Arbeiders-Verweer (« milice défensive des travailleurs »). Sa jeunesse est pourtant marquée par un deuil précoce. Sa mère, Marie‑Isabelle Franckelmon, meurt lorsqu’il n’a que six semaines. Il grandit alors dans un foyer plus large, entouré de son père, de sa grand‑mère et de sa tante, dans la maison où il est né.

Il adhère très tôt à l’idéologie socialiste. À onze ans, il devient membre de la société de gymnastique socialiste, et en 1931, il rejoint les Rode Valken (« les faucons rouges »), la jeunesse socialiste. Cette organisation joue un rôle déterminant dans sa formation : elle lui offre non seulement de quoi se divertir, de quoi tisser des liens d’amitié forts, mais elle apporte aussi une véritable conscience politique et un profond sentiment de solidarité entre jeunes militant·es.

Viennent alors les années trente, une période de polarisation politique intense. Louvain, ville universitaire catholique, est selon Van Brussel un véritable foyer de confrontation politique. Les jeunes socialistes et communistes y affrontent régulièrement des groupes fascistes tels que le Verdinaso ou la Légion Nationale, ce qui renforce sa radicalisation. La fréquentation d’antifascistes allemand·es réfugié·es en Belgique à partir de 1933 forme un tournant décisif pour son engagement : Van Brussel peut en effet constater de l’impact concret du régime nazi sur sa population. Ces contacts renforcent ses convictions antifascistes et contribuent à la création du Revolutionair Antifascistisch Front (RAFF) (« Front Révolutionnaire Antifasciste »), où jeunes socialistes et communistes collaborent étroitement. À cela s’ajoute le développement des évènements à l’internationale, comme la guerre d’Espagne qui le marque profondément. À Louvain, des actions de solidarité sont organisées en faveur de la République espagnole, et plusieurs partent même combattre au sein des Brigades internationales.

Louis Van Brussel petit
Institution : CegeSoma/Archives de l'État
Collection : Archives Louis Van Brussel
Droits d'auteur : Tous droits réservés
Légende Web : Louis Van Brussel aux "Rode Valken" ("Faucons rouges") de Leuven.

Service militaire à l'aube de la guerre (1938–1940)

En 1938, Van Brussel est appelé pour son service militaire. Il sert au 14e régiment de ligne, où il est formé comme conducteur d’un tracteur d’artillerie Vickers. Sa formation technique d’électricien‑mécanicien lui est particulièrement utile dans cette fonction. Lors de son service, il réalise plusieurs performances sportives, mais doit aussi affronter divers problèmes de santé. 

Au moment de l’invasion allemande, en mai 1940, il est d’ailleurs en convalescence à Louvain. Après la capitulation de l’armée belge le 28 mai 1940, il est fait prisonnier, mais parvient à s’évader et rentre à Louvain. Des suites de cet emprisonnement, il décide d’entrer en résistance active contre l’occupant.

Résistance pendant la guerre (1940-1945)

Début des actions résistantes : le RAFF (1940–1942)

Dès son retour, Van Brussel organise presque immédiatement des actions résistantes. Il récupère par exemple des armes et des munitions abandonnées sur les champs de bataille en compagnie de jeunes camarades socialistes et communistes. Le groupe parvient d’ailleurs à collectionner un arsenal impressionnant d’objets : des mitrailleuses, des fusils, des grenades et plusieurs centaines de kilos de de TNT. Le RAFF poursuit en réalité un double objectif : se préparer à une lutte armée et à des actes de sabotage. Son noyau du groupe se compose d’un petit groupe de jeunes militant·es, principalement issu·es des Rode Valken, de l’association socialiste de gymnastique et de la jeunesse communiste. Les premières actions résistantes sont modestes – sabotages de voies ferrées, propagande, collecte de renseignement –, mais fortement symboliques.

Intégration du RAFF aux Partisans (1942-1943)

En 1941 est créée l’Armée Belge des Partisans à l’initiative du Parti Communiste et de son Front de l’Indépendance. Au départ, le RAFF et les Partisans agissent côte à côté, puis le RAFF y est petit à petit intégré. Après l’arrestation, les 10 et 11 octobre 1942, des deux fondateurs du premier corps de Partisans louvanistes – les communistes Eduard Seymens et François Nijsen – Van Brussel, qui n’est alors pas encore membre des Partisans, est sollicité pour en reprendre le commandement. Il en devient alors une figure clé de l’organisation.

Peu après son mariage avec Simonne Roelandts, le 12 septembre 1942, il doit entrer dans la clandestinité. Roelandts est la fille du bourgmestre socialiste de Kessel-Lo, Alfons Roelandts. Le 16 novembre 1942, le couple échappe de manière spectaculaire à une tentative d’arrestation menée par la police allemande. Durant cette période de clandestinité, Van Brussel est responsable d’un grand nombre de sabotages : attaques sur les voies ferrées, vols d’explosifs et opérations contre les collaborateurs et collaboratrices. Il agit également avec des personnes issues de l’administration belge, notamment le procureur du Roi Jean-Fernand Van Oorlé à Louvain.

Une ascension fulgurante (1943–1944)

L’année 1943 signe le début d’une véritable ascension pour Van Brussel. Après la mort du communiste Kamiel Van Acker, il est nommé adjoint de la section flamande des Partisans. Peu après, il rejoint le Parti Communiste. Ses responsabilités s’élargissent rapidement : il est chargé d’organiser et de coordonner des actions de sabotage dans toute la Flandre. Fin 1943, il supervise l’ensemble du secteur flamand. Malgré une répression sévère, notamment à Gand ou à Anvers, il parvient à maintenir, et même à étendre ses opérations en redistribuant stratégiquement les résistants et résistantes des différentes régions.

Aux commandes nationales et la Libération (1944–1945)

En 1944, Van Brussel atteint le point culminant de l’Armée Belge des Partisans : il est nommé chef d’état-major, puis adjoint du commandant national responsable des opérations. Lors de l’offensive des Ardennes fin 1944, il est capturé par des troupes allemandes puis libéré par des soldats américains deux jours plus tard. Cela rappelle les risques constants auxquels il était confronté. Il dirige ensuite les formations partisanes soutenant l’avancée des forces alliées.

Louis Van Brussel et Honecker
Institution : CegeSoma/Archives de l'État
Collection : Archives Louis Van Brussel
Droits d'auteur : Tous droits réservés
Légende Web : Louis Van Brussel rencontre le Président du Conseil d'État communiste de la RDA, Erich Honecker, lors de salutations au monument national de la Résistance de Liège, 15 octobre 1987.

Reconnaissance, héroïsation et carrière après-guerre (1945-années 60)

Après la guerre, Van Brussel est reconnu en tant que résistant : il reçoit l’Ordre de Léopold II avec palme (une mention pour acte de bravoure) et la Croix de la Guerre. On le décrit comme un dirigeant courageux, infatigable et doté de capacités organisationnelles exceptionnelles. Il devient donc une figure emblématique de la lutte armée contre l’Occupant. Van Brussel s’engage activement au sein du Parti communiste et devient rédacteur du journal De Rode Vaan, mais le climat politique changeant des années 50 – caractérisé par un essoufflement des communistes – influent sur sa position : il perd son poste de rédacteur et devient alors marchand ambulant de produits notamment issus de la RDA.

Publications, controverses, postérité

En 1971, Louis Van Brussel publie ses mémoires, Partizanen in Vlaanderen (« Les Partisans en Flandre »). L’ouvrage suscite à la fois éloges et critiques : pour certain·es, il s’agit d’un document historique important ; pour d’autres, il présente une vision trop unilatérale et partisane de la résistance. Ces critiques viennent non seulement d’adversaires politiques, comme le socialiste Nic Bal, mais aussi de son propre entourage. Pierre Hermans, partisan louvaniste dès les tous débuts, se montre particulièrement sévère : l’ouvrage est selon lui marqué par un « usage excessif de données fictives » et une « déformation fréquente de la réalité historique ». Cette controverse entraîne finalement une rupture définitive entre lui et ses ancien·nes camarades de combat.

La plus grande polémique quant à ses mémoires concerne l’affaire Organe. Dans son livre, Van Brussel y décrit l’exécution d’une famille qu’il dit « de traîtres », alors que ces accusations étaient infondées. Une survivante, Bertha Organe, intente donc un procès contre lui qui débouche sur une condamnation et une indemnisation importante. Van Brussel reste pourtant sur ses positions et défend les actions des Partisans comme des actes de guerre nécessaires.

Malgré cela, il actif au sein d’associations d’anciens et d’anciennes résistant·es en tant que président du Front de l’Indépendance reste jusqu’à la fin de sa vie. Louis Van Brussel meurt le 11 mars 2001, à 82 ans, à Louvain. Son parcours complexe met en lumière l’ascension d’un jeune militant ouvrier vers une position de dirigeant résistant majeur en Flandre.

Livre de Louis Van Brussel
Institution : CegeSoma/Archives de l'État
Collection : Archives Louis Van Brussel
Droits d'auteur : Tous droits réservés
Légende Web : Louis Van Brussel présente son nouveau livre (controversé) "Partizanen in Vlaanderen" en 1971, avec Lénine en arrière-plan.

Bibliographie

Pierre Bodart, Avec l'Armée Belge des Partisans, Bruxelles, 1948.

Louis Van Brussel, Partizanen in Vlaanderen ; met actieverslag van Korps 034 - Leuven, Bruxelles, 1971. 

Louis Van Brussel, 18 dagen Blitzkrieg, Bruxelles, 1977.

Voir aussi

276143.jpg Articles Attentats commis par la résistance Maerten Fabrice
27948.jpg Articles Résistance Maerten Fabrice
14-sabotage-par-les-partisans-armAs-sur-la-ligne-leuven-ottignies-A-oud-heverlAe.jpg Articles Partisans armés (Les) Maerten Fabrice
Pour citer cette page
Van Brussel Louis
Auteur : Willems Bart (Institution : CegeSoma / Archives de l'État )
Date de publication : 07/09/2026
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