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The Belgian War Press : une fenêtre numérique sur la presse clandestine et censurée

Auteur : Luyten Dirk (Institution : CegeSoma/Archives de l'État)

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Pendant la Seconde Guerre mondiale, la presse est un enjeu de la lutte politique. Soucieux de contrôler étroitement l’information et de garantir une diffusion maximale de ses idées auprès de la population, l’occupant soumet la presse ordinaire à la censure. Pour la Résistance, les journaux constituent au contraire un moyen de combattre l’occupant et d’opposer un autre récit à celui de la presse censurée. Les organisations de Résistance publient leurs propres journaux, qui échappent non seulement à la censure, mais sont aussi illégaux : la liberté de la presse a été suspendue, toute parution nécessite une autorisation de l’occupant. Le contenu des publications clandestines est d’ailleurs explicitement dirigé contre lui. Ces journaux contestent sa légitimité, dénoncent ses mesures et incitent la population à entraver l’action de l’occupant et des collaborateurs. Alors que les journaux censurés paraissent régulièrement, précisément pour donner une impression de normalité sous l’Occupation, les publications clandestines ont une périodicité beaucoup plus irrégulière. Elles ne bénéficient pas d’une chaîne de production professionnelle et, sous l’effet également de la répression, certains titres ne paraissent que le temps de quelques numéros.

Utilité et importance de la presse de guerre

La presse censurée et la presse clandestine constituent des sources de premier ordre pour l’histoire de l’Occupation. La presse censurée restitue le point de vue de l’occupant : le lecteur n’y trouvera généralement aucune critique de l’occupant ou de la collaboration. Une partie de ces journaux était publiée par des partis et mouvements collaborationnistes, à l’image de Volk en Staat, organe du VNV, et du Pays réel, journal de Rex. Ces publications permettent de reconstituer les positions et les stratégies politiques de ces mouvements. La presse censurée contient aussi des informations plus neutres sur la vie quotidienne sous l’Occupation, comme le rationnement, les programmes de cinéma ou les résultats sportifs. Les publicités renseignent quant à elles sur l’évolution des habitudes de consommation et les produits de substitution proposés lorsque certaines marchandises n’étaient plus disponibles.

La presse clandestine révèle la manière dont les organisations de Résistance perçoivent l’occupant et la collaboration, les critiquent et dévoilent leurs décisions, actes et opérations pour les dénoncer. Elle relate les actions des mouvements dont elle émane et sert à mobiliser la population et à l’inciter à résister. Les publications clandestines du mouvement syndical offrent, par exemple, un éclairage intéressant sur les grèves comme instruments de mobilisation et de Résistance. La presse clandestine témoigne enfin de l’idéologie des mouvements résistants et de leur vision de la société et de la politique après la guerre. Il va de soi que cette presse, tout comme la presse censurée, doit être abordée a

The Belgian War Press

Ces sources de premier ordre sont accessibles depuis plusieurs années sous forme numérique sur le site The Belgian War Press. Celui-ci rassemble les titres connus conservés dans diverses institutions belges, pour la Première comme pour la Seconde Guerre mondiale.

Les journaux ont été numérisés et soumis à la reconnaissance optique de caractères (OCR). Il est ainsi possible de les consulter de deux manières : traditionnellement, page par page, comme on lit aujourd’hui un journal numérique, ou par recherche libre de mots-clés. Cette dernière méthode a toutefois ses limites, surtout dans le cas de la presse clandestine. La fiabilité de la reconnaissance dépend étroitement de la qualité des originaux. Or, par nature, les exemplaires clandestins sont souvent de qualité médiocre : ils n’ont pas été produits comme des journaux ordinaires, mais avec les moyens du bord, par exemple des machines à écrire dont les caractères étaient usés ou mal alignés. Certains journaux sont même manuscrits. La qualité du papier laissait également souvent à désirer. Les exemplaires subsistants sont parfois passés entre de nombreuses mains et n’ont pas toujours été conservés dans de bonnes conditions avant leur dépôt auprès d’une institution spécialisée. Tout cela influe sur la qualité de l’OCR. Malgré ces limites, la recherche par mots-clés représente un gain de temps considérable par rapport à une lecture page après page. La combinaison de plusieurs mots-clés peut même révéler de nouvelles régularités dans les discours et les argumentaires.

The Belgian War Press permet la consultation en ligne de la presse clandestine. Pour des raisons de droit d’auteur, la presse censurée de la Seconde Guerre mondiale est, quant à elle, consultable uniquement dans la salle de lecture du CegeSoma.

Mise en contexte

The Belgian War Press est un site d’histoire publique qui ne se contente pas de donner accès à la presse de guerre numérisée : il fournit également les éléments nécessaires pour la comprendre. De courts articles rédigés par des spécialistes présentent la presse clandestine et la presse censurée, certains journaux et des figures marquantes. Le site met aussi à disposition des répertoires et des publications de référence sous forme numérique.

En somme, The Belgian War Press ouvre non seulement une fenêtre numérique sur la presse censurée et clandestine, mais donne aussi au lecteur les moyens d’en replacer les contenus dans leur contexte historique.

Pour citer cette page
The Belgian War Press : une fenêtre numérique sur la presse clandestine et censurée
Auteur : Luyten Dirk (Institution : CegeSoma/Archives de l'État)
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