Belgique en guerre / Personnes

Slambrouck Jules

Thème - Résistance

Auteur : Talen Aly

Date de publication : 22/10/2026

Pour citer cette page

Engagé dans la Résistance, Jules Slambrouck (1900–1945) diffuse des journaux clandestins et recueille des renseignements pour le réseau Brave-Bravery. Le 15 avril 1942, il est arrêté par la Geheime Feldpolizei.. Déporté en Allemagne, il est vraisemblablement mort en 1945 à Bautzen. En 2024, la Ville de Menin lui a rendu hommage en posant un pavé de mémoire dans l’Ontvoogdingsstraat, où il a vécu la plus grande partie de sa vie.

Orphelin, père et employé communal

Jules Alphonse Slambrouck naît le 10 octobre 1900 et grandit à Menin. Sa mère, de nationalité française, l’élève seule. Son père est mort alors que Jules n’a pas encore cinq ans. Le 20 octobre 1922, il épouse Esther-Marie Beel, une Française alors âgée de vingt ans et née à Halluin, une localité de l’autre côté de la frontière. Le couple a cinq enfants. Leur plus jeune fils naît au début de la guerre.

Slambrouck travaille depuis un certain temps comme employé communal au service de l’état civil de Menin. Cette fonction lui confère une place bien établie au sein de l’administration locale. Sous le bourgmestre libéral Armand Deweerdt, il joue un rôle actif dans l’accueil des quelque 50 000 réfugiés qui arrivent à Menin au cours des premiers mois de la guerre. En 1942, Deweerdt est écarté par l’occupant et remplacé par Aimé Maenhout, membre du VNV.

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Droits d'auteur : © Marie Jo Slambrouck
Légende d'origine : Jules Slambrouck et son épouse Esther Beels, s.d.

« Listes noires »

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Institution : KBR
Légende d'origine : Nieuws van de dag, 24 septembre 1941

Peu après le début de la guerre en mai 1940, les autorités belges procèdent dans tout le pays à l’arrestation de quelque 6 000 à 8 000 « suspects ». Il s’agit notamment de communistes, de nationaux-socialistes, de rexistes et de nationalistes flamands. Une grande partie d’entre eux sont des ressortissants étrangers, dont de nombreux Juifs et même des personnes connues pour leurs sympathies antifascistes. Ces arrestations sont préparées par les autorités et la justice belges avant même l’invasion allemande du 10 mai 1940. Les personnes jugées suspectes sont recensées ; la presse collaborationniste parlera plus tard de « listes noires ».

Des arrestations ont également lieu à Menin. Le 16 mai 1940, quatre personnes – le docteur Robert Raveschoot, Renaat Dewolf, Octave Noyez et Maurits Lewyllie – sont arrêtées car elles sont soupçonnées d’entretenir des liens avec le Verdinaso. Les deux premiers sont décédés lors de leur détention en France. Cette affaire donne lieu à un procès dont l’instruction débute à l’automne 1941. Jules Slambrouck est l’un des principaux inculpés. La presse collaborationniste s’en fait bien évidemment les choux gras d’autant que lors du prononcé du jugement – Slambrouck est condamné le 10 juin 1942 pour « violation du secret professionnel » à un mois de prison et 700 francs d’amende – l’homme a déjà été arrêté par l'occupant.

Résistance, arrestation et déportation

Parallèlement à son travail d’employé communal, Slambrouck s’est en effet engagé dans la Résistance. Il sert notamment d’intermédiaire pour la diffusion du journal clandestin La Libre Belgique, l’un des principaux organes de la presse clandestine sous l’Occupation. Il assure la distribution de quantités importantes de journaux, ensuite diffusés par l’intermédiaire de réseaux locaux.

Au printemps 1941, il est recruté par Louis Tordeurs, de Mouscron, alors chef de section du service de renseignement « Bravery ». À ses débuts, ses activités ne se limitent pas au renseignement : il s’occupe également de sabotage et d’évasion.

Alors que Slambrouck est condamné le 10 juin 1942 par le tribunal de Courtrai pour « violation du secret professionnel », son existence a déjà basculé, près de deux mois plus tôt. Le 15 avril, vers 10 h 30, la Geheime Feldpolizei fait irruption dans l’hôtel de ville de Menin. Son objectif est clair : arrêter l’employé communal Jules Slambrouck. Une vague d’arrestations frappe une quarantaine d’autres personnes de Courtrai, Mouscron, Ypres et Menin, soupçonnées d’être impliquées dans des activités de résistance. Après leur incarcération dans les prisons de Courtrai et de Bruges, elles seront déportées en août 1942 vers des prisons et camps de concentration allemands. Leur déportation s’inscrit dans le cadre du tristement célèbre décret Nacht und Nebel. Parmi eux figure Bertha Malfait, tenancière du café Paviljoen, où est distribuée de la presse clandestine.

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Institution : CegeSoma/Archives de l'État
Légende d'origine : La Libre Belgique (21 janvier 1942)
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Institution : CegeSoma/Archives de l'Etat
Collection : Dossier Agent de renseignement et d'Action Jules Slambrouck
Légende d'origine : Compte rendu d'un entretien de Marcel Thomas avec Maurice Dupont à propos de Jules Slambrouck, 15 juin 1950.

Cette vague d’arrestations trouve son origine au sein de l’Athénée de Courtrai. Son directeur, Nestor Vanderbiest, a appris que des élèves diffusaient des journaux clandestins. Des arrestations en chaîne s’ensuivent, les personnes concernées étant accusées d’espionnage.

Pour Slambrouck et ses compagnons d’infortune, parmi lesquels Louis Tordeurs, Maurice Dupont, Maurice De Heegher, Willy Cappoen, Roger Callewaert ainsi que des étudiants comme Jean Monteyne et Maurice Vangilsbergen, commence une période de privations extrêmes. La faim, les mauvais traitements et l’incertitude permanente rythment la vie quotidienne dans les camps. Dans le même temps, leurs familles restent totalement dans l’ignorance de leur lieu de détention et de leur sort.

Au cours de la guerre, Slambrouck passe par plusieurs prisons et camps pénitentiaires. En 1944, il comparaît avec plusieurs de ses codétenus devant un tribunal à Gross-Strehlitz, aujourd’hui Strzelce Opolskie en Pologne. Leur détention ne prend toutefois pas fin : ils restent emprisonnés avant de connaître de nouveaux transferts.

Suites et reconnaissance

Les conséquences de ces déportations sont particulièrement lourdes. Sur les quarante personnes arrêtées, onze ne survivent pas à la guerre. Roger Callewaert, l’un des survivants, reste invalide à vie. Les hommes qui reviennent sont dans un état physique pitoyable ; certains ne pèsent plus que 33 kilos.

À l’arrière aussi, les conséquences sont dramatiques. En avril 1944, l’épouse de Slambrouck, Esther-Marie Beel, malade depuis quelque temps, décède. Sa mère se retrouve seule à devoir s’occuper des cinq jeunes enfants, désormais privés non seulement de leur père mais aussi de leur mère. Après la Libération, l’incertitude persiste pour la famille. En janvier 1946, Jules n’étant toujours pas revenu, sa mère adresse une lettre poignante au ministère de la Reconstruction pour demander que l’on recherche son fils. Ces recherches restent toutefois sans résultat : ni les autorités allemandes, ni la Croix-Rouge, ni l’armée américaine ne peuvent apporter de certitude quant à son sort. Son décès est finalement officiellement fixé au 8 mai 1945. Il est vraisemblablement mort à Bautzen, près de Dresde.

La reconnaissance de son activité dans la Résistance intervient à titre posthume : il obtient en 1949 les statuts de résistant armé et de prisonnier politique ; en 1951, celui d’agent de renseignements et d’action et, enfin, en 1954, celui de résistant par la presse clandestine.

En 2024, la Ville de Menin honore son ancien employé en posant un pavé de mémoire dans l’Ontvoogdingsstraat, où il a vécu la plus grande partie de sa vie.

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Bibliographie

Sources

Archives générales du Royaume 2 – dépôt Joseph Cuvelier

Dossier Prisonnier politique, Jules Alphonse Slambrouck.

Archives générales du Royaume

Dossier Résistant armé, Jules Alphonse Slambrouck.

CegeSoma / Archives de l’État

Dossier Agent de renseignements et d’action, Jules Alphonse Slambrouck.

Service Archives des Victimes de la Guerre / Archives de l’État

Service Documentation et Recherches, dossier Jules Alphonse Slambrouck.

Dossier Presse clandestine, Jules Alphonse Slambrouck.

Publications

Denuit-Somerhausen, Christine, « Le décret “Nacht und Nebel” de décembre 1941 et les prisonniers politiques belges : une première approche », Cahiers d’Histoire de la Seconde Guerre mondiale, XVI, no 1, 1994, p. 17-40.

Desmet, Walter, « De lotgevallen van vier ‘verdachte’ Menenaars tijdens de meidagen 1940 », document inédit du Heemkring Menen, mis à disposition par le conseiller en patrimoine de la Ville de Menin, Heemkring Menen, s.d.

Haezebrouck, Alexander, « ‘Ik zie de auto van de Gestapo om papa mee te nemen nog voor de deur staan’: Menen onthult drie nieuwe struikelstenen voor verzetsstrijders tijdens WOII », Menin, Het Laatste Nieuws, 25 avril 2024.

Seynnaeve, Arnold, « Menen : burgemeester Armand Deweerdt wordt vervangen door Aimé Maenhout », Verzet en collaboratie in Wevelgem en Zuid-West-Vlaanderen, 4 décembre 2022.

Strubbe, Fernand, Geheime Oorlog 40-45: De Inlichtings- en Actiediensten in België, Lannoo, 1992.

Wouters, Nico, De Führerstaat : overheid en collaboratie in België (1940-1944), Lannoo, 2006.

 
Pour citer cette page
Slambrouck Jules
Auteur : Talen Aly
Date de publication : 22/10/2026
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