Belgique en guerre / Articles

Répression

Thème - Collaboration - Justice

Auteur : Aerts Koen (Institution : UGent)

Mesures et actions entreprises après la Libération contre des personnes jugées responsables d'avoir collaboré avec l'occupant allemand. Quelque 100.000 Belges sont touchés directement par la répression.

Trois visages de la répression : privée, populaire et publique

C'est la deuxième fois en un quart de siècle à peine que la Belgique doit régler ses comptes avec les amis de l'occupant allemand. La répression de la collaboration présente trois visages : tout dépend de qui en prend l'initiative.

Dans le secteur privé, les associations excluent elles-mêmes leurs membres qui sont suspectés de collaboration. C'est le cas des associations culturelles, des clubs sportifs mais aussi d'organisations comme l'Ordre des médecins ou le réseau d'enseignement catholique.

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Auteur : A. Neufort
Institution : CegeSoma
Droits d'auteur : Droits Réservés
Légende d'origine : Mont-sur-Marchienne (4/9/44). Les femmes qui ont eu des relations avec l'ennemi arrêtées, certaines ont les cheveux coupés.

Le peuple réagit également. Après quatre années de peur et d'occupation, la rue s'attaque aux suspects, à leurs familles et à leurs biens. Une première vague de violence intervient lors des semaines de libération à l'automne 1944, une seconde au printemps et à l'été de 1945, quand les prisonniers politiques rentrent au pays après la capitulation allemande. Les scènes qui se déroulent alors dans les rues, avec les femmes tondues et les pillages, restent ancrées dans la mémoire collective.

Pourtant, ni cette vindicte populaire ni l'épuration dans le secteur privé ne forment le cœur de la répression d'après-guerre. Ce rôle, c'est l’État belge qui le joue, à travers les instances qu'il a mandatées à cet effet. La répression publique touche en définitive, d'une manière ou d'une autre, 100.000 personnes, dont 53.000 environ sont condamnées par des tribunaux militaires.

Quatre formes de répression publique

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Auteur : Koen Aerts
Institution : Extrait du livre : Aerts, Koen. “Repressie Zonder Maat of einde?” De Juridische Reïntegratie van Collaborateurs in de Belgische Staat Na de Tweede Wereldoorlog. Gent: Academia Press, 2014.
Droits d'auteur : Koen Aerts
Légende Web :

Outre la privation de liberté et dans certains cas la peine de mort, la répression peut avoir d’autres effets. Le patrimoine des inculpés est visé : amendes, confiscations, indemnisations et taxes spéciales. La déchéance de certains droits civils et politiques, voire dans certains cas la perte de nationalité, permet également de distinguer les bons citoyens des mauvais. Les différentes formes d'exclusion enfin ont un impact au moins aussi sensible : on se voit privé par des départements publics de certains services et avantages (par exemple le droit à une indemnisation de guerre ou à une pension) ou refuser l'accès à certaines fonctions. De nombreux individus se retrouvent, de ce fait, punis de plusieurs façons. L'effet des sanctions est démultiplié dans le cadre familial lorsque le seul soutien de famille est emprisonné, perd son emploi ou ne reçoit pas d'allocations. Ces quatre formes de répression publique forgent, avec les 242 exécutions d'après-guerre et la variabilité des peines, l'image d'un État de droit déboussolé.

Une politique de réhabilitation individuelle étendue

Dans la pratique cependant, une image différente, plus nuancée se dessine. Les peines ne sont pas menées partout jusqu’au bout.  Rapidement, des raisons de modérer les différentes formes de répression apparaissent : des règles pénales déséquilibrées, une infrastructure pénitentiaire inadaptée, un manque de personnel de surveillance bien formé, l'incapacité de nombreux condamnés à s'acquitter des sanctions financières, le redressement économique du pays et la crainte qu'une exclusion durable ne crée un groupe de personnes stigmatisées.

Aussi agit-on rapidement pour rééquilibrer les différentes formes de répression et les démanteler les unes après les autres ;  d'abord par des mesures faites de bric et de broc, puis en menant une politique de réhabilitation individuelle plus large et formalisée. Il n'est pas question d'amnistie. Cette mesure générale prise après la Première Guerre mondiale n'a pas empêché, pour certains, de collaborer à nouveau dans les années quarante. En outre, la collaboration avec l'ennemi a connu, pendant la Deuxième Guerre, une ampleur bien plus grande. Vers le milieu des années soixante, la répression s'est juridiquement modérée et clôturée de façon plus contrôlée, par le biais de procédures individuelles telles que la grâce, la mise en liberté et la réhabilitation, auxquelles sont venues s'ajouter de nombreuses mesures législatives circonstancielles.

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Institution : AGR
Droits d'auteur : Droits Réservés
Légende d'origine : Non légendée

Bibliographie

Aerts, Koen, Dirk Luyten, Bart Willems, et Paul Drossens. Papy était-il un nazi? Sur les traces d’un passé de guerre. Racine. Bruxelles, 2017.

Aerts, Koen. « Repressie zonder maat of einde? » De juridische reïntegratie van collaborateurs in de Belgische Staat na de Tweede Wereldoorlog. Gent: Academia Press, 2014.

Van Haecke, Lawrence. « Repressie en epuratie. De bescherming van de uitwendige veiligheid van de Staat als politiek-juridisch probleem tijdens de Belgische regimecrisis (1932-1948) ». Ph.D. Thesis, Universiteit Gent, 2014.

Huyse, Luc, et Steven Dhondt. La répression des collaborations 1942-1952 : un passé toujours présent. Bruxelles: CRISP, 1993.


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